« L’Absent », de Marie Sizun, Arléa, « 1er mille », 202 p., 19 €.
Les Barricades mystérieuses est le titre d’une pièce pour clavecin de François Couperin composée en 1717. Une œuvre particulière qui semble tourner sur elle-même, répétitive, fragmentée de minuscules respirations, infinie malgré sa brièveté et dont la sonorité se continue en mémoire bien après la dernière note. Le flot court, recouvrant en vaguelettes irisées les émotions mêlées. Le gai, le triste, et les élans du cœur.
« Cette musique, c’était celle que tu m’avais fait connaître, il y a si longtemps (…). Bien sûr qu’elle était belle notre histoire, qu’il ne fallait pas l’abandonner, que je devais la raconter. » L’Absent, le nouveau livre de Marie Sizun, est la chronique tendre, simple, attentive, d’une très longue passion. Celle d’un amour de quatre décennies et plus, où le rayonnement fou de l’intime, l’embrasement, la douceur des moments, sont tourmentés de silence, de manque. Celle de deux amants que seule la mort aura réussi à éloigner. Une « aventure adultère qui aura duré tant d’années. Violente et miraculeuse. Coupable et innocente ».
Ils se sont rencontrés à la trentaine, tous les deux enseignants en Allemagne. Elle récemment divorcée, lui marié pour le pire : une épouse rêche et deux enfants atteints de troubles mentaux. Il ne les quittera jamais. Commence pourtant, et s’enracine, une liaison vivace, résistante à la raison, aux jugements. Dévoré de culpabilité, il cherchera à rompre. Epuisée de compromis, de commérages, d’agressions, elle se résoudra à battre en retraite. Mais de Karlsruhe à Bruxelles, puis à Paris, ensemble, éloignés, sans cesse réunis, ils continueront de vivre leur inépuisable coup de foudre. « La folie était que nous tenions trop l’un à l’autre pour nous perdre. »






