L’écrivain Xavier Le Clerc, en 2025. FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD
Quand Xavier Le Clerc était enfant, sa mère, analphabète, découpait au dos des paquets de biscuits la liste des ingrédients en arabe et la cachait sous son oreiller, fascinée par des lignes qu’elle croyait extraites du Coran, symboles quasi magiques d’un savoir dont elle était exclue. « C’est comme cela que j’ai compris que les mots avaient un pouvoir », raconte-t-il. Un pouvoir que le romancier, né Hamid Aït-Taleb, a fait sien à travers une littérature intime et politique.
Il publie aujourd’hui Le Pain des Français, son quatrième roman, dans lequel il raconte un fait oublié remontant aux premiers temps de la colonisation de l’Algérie (1830-1880) : l’exploitation des crânes et ossements des indigènes issus des profanations de cimetières ou des razzias militaires. Broyés et calcinés, les os servaient au remblaiement des routes mais aussi à la production de charbon d’os destiné au blanchiment de la mélasse du sucre de betterave et dont les résidus étaient utilisés comme engrais pour la production du blé. Les crânes enrichissaient, eux, les collections des médecins militaires, les cabinets de curiosités ou les laboratoires scientifiques. Un récit dont Xavier Le Clerc souhaite, par une forme de catharsis de la violence, qu’il contribue à l’apaisement des plaies laissées par la colonisation. « Les humanistes des deux rives doivent se réapproprier cet héritage, si douloureux soit-il », avance, d’une voix douce et posée, celui qui rêve d’une réconciliation entre Alger et Paris sur le modèle franco-allemand.






