Robot Nexi, Boston, MIT, 2009. Extrait de la série « Human Version ». YVES GELLIE/GALERIE BAUDOIN LEBON

« Hard Mary », de Sofia Samatar, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Dechesne, Argyll, 128 p., 9,90 €, numérique 6 €.

Bien qu’ayant remporté deux prix parmi les plus prestigieux, le World Fantasy Award et le British Fantasy Award, en 2013, avec Un étranger en Olondre (Argyll, 2022), son magnifique premier roman, mémoriel et machiavélique, qui relisait d’une manière profondément originale plusieurs histoires coloniales distinctes, l’autrice américaine Sofia Samatar demeure peu connue en France. Son nouveau roman, Hard Mary, jouant cette fois d’une science-fiction que l’on jurerait volontiers intemporelle, vécue dans un quotidien (presque) anodin, devrait permettre d’y remédier.

Un soir de Noël, cinq jeunes filles d’une communauté mennonite (un mouvement chrétien anabaptiste, voisin de celui des amish, rejetant pareillement une grande partie de la technologie moderne), accomplissant le rituel traditionnel des sept tours de l’église pour trouver bientôt un mari, tombent sur le corps sans jambes d’un robot toutefois visiblement féminin. Contre toute attente, au cœur de cette communauté religieuse patriarcale où les femmes sont vouées à être uniquement épouses et mères au foyer, le robot ainsi découvert, rapidement nommé « Hard Mary » et plus ou moins réparé par la bricoleuse du groupe – qui se révélera au fil du récit avoir bien plus d’un tour dans son sac –, sera d’abord dissimulé plutôt que d’être retourné à son propriétaire, l’entreprise emblématiquement nommée Profane Industries. Il s’en est enfui, moitié à dessein, moitié par accident, avant de devenir progressivement un utile auxiliaire mécanique de la vie villageoise – et un peu plus que cela.