L’auteur kényan Ngugi wa Thiong’o, à l’université d’Irvine (Californie), en octobre 2010. DANIEL A. ANDERSON/AP

Le romancier et essayiste kényan Ngugi wa Thiong’o, auteur d’une œuvre exceptionnelle écrite d’abord en anglais puis en kikuyu, sa langue natale, est mort mercredi 28 mai à Buford (Géorgie). Contraint à l’exil en 1982, il a résidé au Royaume-Uni puis aux Etats-Unis où il occupait, ces dernières années, les fonctions de professeur d’anglais et de littérature comparée à l’université de Californie à Irvine.

Intellectuel à multiples facettes, à la fois militant de la cause africaine, dans son « combat contre l’impérialisme » culturel et linguistique, et écrivain virtuose considéré comme nobélisable, capable de passer du roman à l’essai, de la nouvelle au théâtre ou au livre pour enfants, James Thiong’o Ngugi est né à l’époque coloniale, le 5 janvier 1938, dans un village au nord-ouest de Nairobi, capitale du Kenya – pays d’Afrique de l’Est, alors sous domination britannique. L’école qu’il fréquente durant les premières années de son cursus scolaire dispense un enseignement en kikuyu. Mais la déclaration de l’état d’urgence, en 1952, change la donne : l’anglais devient « plus qu’une langue : il devient la langue, devant laquelle toutes les autres durent s’incliner révérencieusement », note-t-il, en 1986, dans son essai majeur, Décoloniser l’esprit (La Fabrique, 2011). Le jeune homme, comme tout le monde, s’incline. Brillant élève, il poursuit ses études d’abord en Ouganda, à l’université de Makerere (alors rattachée à l’université de Londres), où il publie, en 1962, sa première pièce de théâtre, The Black Hermit (« l’ermite noir », non traduit), puis au Royaume-Uni, à l’université de Leeds.