Reconstitution de l’affaire du curé d'Uruffe, en Meurthe-et-Moselle, avec Guy Desnoyers (tenant l’arme), le 7 décembre 1956. L’EST RÉPUBLICAIN / MAXPPP
« Le Grand Scandale », d’Hubert Gonnet, postface de Christy Magnin, Chemin de fer, 496 p., 23 €.
« Le grand scandale », le vrai, c’est qu’un tel roman ait moisi dans l’oubli cinquante-neuf ans durant, ait été archivé sans pardon dès sa sortie, sous la couverture orangée de Buchet-Chastel, en 1966. On se lève donc tous pour Christy Magnin, son podcast « Oublieuse postérité » et les éditions du Chemin de fer qui rendent enfin à la vie, à la virulence visionnaire plutôt, ce monstre littéraire qu’est Le Grand Scandale d’Hubert Gonnet (1924-1994). Car nous tenons là, de fait, un texte impardonnable, un de ces insondables « trous noirs » littéraires qui dévorent tout, la langue et la conscience du lecteur, attirant ce dernier au plus profond de la soute mentale, l’acculant à une solitude damnable et sans rémission.
A l’origine du livre, l’une des affaires criminelles les plus retentissantes de la IVe République, celle du curé d’Uruffe. Le 3 décembre 1956, Guy Desnoyers, curé d’Uruffe, en Meurthe-et-Moselle, abat de nuit, d’une balle dans la nuque, sa maîtresse de 19 ans, Régine Fays, enceinte de ses œuvres. Pratiquant une césarienne sauvage, il tue et défigure un fœtus de 8 mois dont il redoute qu’il ait ses traits. Confondu, arrêté et jugé, il échappe à la guillotine pour être incarcéré pendant vingt-deux ans. Libéré en 1978, reclus jusqu’à sa mort, en 2010, dans un monastère morbihannais, il se murera dans le plus compact silence.






