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ans un monde régi par des règles, l’Union européenne (UE), elle-même fondée sur le droit, pouvait jouer un rôle agrandi, supérieur à ce que justifiait son poids démographique, économique ou militaire. C’est grâce à ce soft power que l’UE a pu exporter ses règles en matière de protection des données, d’organisation des plateformes, ou encore de concurrence.

Ce n’est plus vrai dans un monde où « la force fait la loi » (« Might is right », comme le dit l’allitération anglaise). Or, c’est dans ce monde de puissances que nous avons brutalement basculé avec l’élection du président Donald Trump. Les prémices de cette mutation étaient certes perceptibles de longue date, mais le changement de philosophie d’un pays qui est encore la première puissance mondiale l’a soudainement précipitée.

L’Europe en a évidemment pris conscience. Les conclusions du Conseil européen (qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement) de mars soulignent ainsi que « l’Europe doit devenir plus souveraine, assumer une plus grande responsabilité en ce qui concerne sa propre défense et être mieux à même (…) de faire face de manière autonome aux menaces et aux défis immédiats et futurs ». Et, dans une allusion au nouveau pouvoir américain, elle annonce une « approche à 360 degrés » de ces menaces.