Dans leur documentaire, Yuval Abraham et Rachel Szor montrent comment des soldats israéliens tuent délibérément des civils à Gaza. Le ministre de la Culture de Benyamin Netanyahou réclame qu’ils soient déchus de la nationalité israélienne. Rachel Szor et Yuval Abraham ont reçu le prix spécial du Jury à la Mostra de Venise, samedi 12 septembre. Photo Elisabetta A. Villa/Getty Images Par Mathilde Blottière Publié le 14 septembre 2026 à 18h26 N’est-ce pas la meilleure démonstration du rôle, loin d’être secondaire, que tient parfois le cinéma en pleine guerre, selon qu’il sert ou défait le récit du plus fort ? Dans le même week-end, Miki Zohar, le ministre israélien de la Culture, a qualifié Naza, le documentaire lauréat du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, de « film abject », tandis qu’Avigdor Lieberman, leader du parti d’extrême droite Israël Beytenou, célébrait la saison 5 de la série Fauda, qui emboîte le pas des membres d’une unité spéciale de Tsahal — « Nous avons un ministère des Affaires étrangères — on l’appelle Fauda. » Naza, c’est ce documentaire, réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, dont la projection a été saluée par une ovation historique à la Mostra. Glaçant, le film s’appuie sur des investigations du Guardian (coproducteur du film), du magazine israélo-palestinien + 972, et du média en langue hébraïque Local Call. Témoignages anonymes de vingt-quatre membres de l’armée et des services de renseignement à l’appui, il décrit les méthodes utilisées par Tsahal pour massacrer les civils à Gaza. « Parfois, a expliqué Yuval Abraham après la réception du Prix spécial du jury, il peut y avoir plus de cinq cents naza [dans le jargon de l’armée israélienne, le terme “naza” désigne le nombre de pertes civiles estimées ou avérées en cas d’attaque aérienne, ndrl], des villages ou des quartiers entiers sont détruits. » Riposte immédiate de l’armée israélienne, qui s’est défendue en rejetant « catégoriquement » les accusations selon lesquelles elle tuerait massivement des civils à Gaza. À lire aussi : Mostra de Venise : “Naza”, le nouveau documentaire fort des réalisateurs de “No Other Land” Le ministre israélien de la Culture ne s’est pas contenté de dire tout le mal qu’il pense de la récompense « révoltante » accordée au film et de ses deux réalisateurs, qui chercheraient les « applaudissements des antisémites du monde entier ». Parlant de « trahison envers l’État », il a réclamé, dimanche soir 13 septembre, que Rachel Szor et Yuval Abraham, déjà auteurs, avec les Palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal, du documentaire No Other Land (2024) sur la violence des autorités et des colons en Cisjordanie occupée, soient déchus de leur nationalité. Rarement appliquée, la déchéance de nationalité est légalement possible en Israël depuis 2022. La Cour suprême l’avait alors entérinée pour des individus ayant manqué de « loyauté » envers l’État d’Israël. Pour être effective, cette déchéance de nationalité doit être demandée par le ministre de l’Intérieur, approuvée par celui de la Justice puis validée par des juges. Fébrile, le gouvernement de Netanyahou ? Alors que ce dernier doit faire face à des révélations du quotidien Haaretz qui l’accuse d’avoir été averti d’une attaque dix jours avant les massacres perpétrés le 7 octobre 2023 par le Hamas, le timing n’est pas bon… D’autant que se profilent, le 27 octobre, des élections législatives à haut risque pour le Premier ministre israélien et sa formation politique, le Likoud. De son côté, Yuval Abraham a formulé son souhait que Naza soit diffusé le plus largement possible auprès de ses compatriotes. Car, si de nombreux journalistes palestiniens ne l’ont pas attendu pour documenter la réalité dans l’enclave, « deux cents d’entre eux ont été tués par Israël à Gaza. Leurs voix ont été réduites au silence et niées ». À lire aussi : Journalistes tués à Gaza : RSF et 250 médias internationaux lancent un cri d’alarme Cinéma Israël Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus