Le premier ministre Mark Carney s’apprête à accueillir à Toronto, la semaine prochaine, certains des plus grands investisseurs mondiaux alors qu’il cherche à lever les capitaux indispensables à la mise en œuvre de son programme économique.Des centaines de gestionnaires d’actifs internationaux rencontreront M. Carney, les ministres de son gouvernement, les premiers ministres des provinces canadiennes et de nombreux chefs d’entreprise lundi et mardi.Le Canada présente des projets dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et des minéraux stratégiques, dans le but d’atteindre l’objectif fixé par M. Carney: attirer un billion de dollars d’investissements au cours des cinq prochaines années.La plupart des experts estiment qu’il s’agit d’un objectif ambitieux, mais ils soutiennent également les efforts de Mark Carney pour redorer l’image du Canada, souvent perçu comme un lieu risqué pour placer son argent.Mahmood Nanji, de l’Ivey School of Business, estime que les efforts d’Ottawa pour réduire les formalités administratives et simplifier les procédures d’approbation des projets devraient contribuer à stimuler l’investissement des entreprises, qui, selon lui, a constitué le talon d’Achille du Canada au cours de la dernière décennie.L’Institut sur les données du Conseil d’investissement du Régime de pensions du Canada (RPC) a publié lundi un rapport présentant les résultats d’une enquête menée auprès de 65 des plus grands gestionnaires d’actifs mondiaux sur leur perception des occasions d’investissement au Canada.Si le secteur de l’énergie se distingue à l’échelle mondiale comme le domaine d’investissement le plus attractif au Canada, il comporte également les risques les plus importants. Les craintes liées à des revirements politiques, à la fragmentation réglementaire et aux contraintes d’échelle ou de liquidité ont été largement évoquées par les personnes interrogées.L’enquête menée par le RPC a également mis en évidence les atouts relatifs du Canada dans la course aux capitaux mondiaux.Le Canada se classe bien en matière d’ouverture aux capitaux et de mise en œuvre de la transition énergétique, et n’a été devancé que par Singapour en ce qui concerne la stabilité et la prévisibilité des politiques. Près de 70% des investisseurs ont jugé la prévisibilité «extrêmement importante» ou «essentielle» dans leurs décisions quant à la destination de leurs placements.Jeremy Kronick, président-directeur général de l’Institut C.D. Howe, dit que M. Carney a pris un certain nombre de mesures pour montrer que le Canada était «ouvert aux affaires» depuis son entrée en fonction en mars 2025. Le Bureau des grands projets et la Loi sur l’unité de l’économie canadienne visent notamment à rationaliser les procédures d’autorisation pour les projets d’envergure nationale.Changement de discours ? M. Kronick estime que ces mesures suffisent pour amorcer un changement de discours sur le Canada en tant que destination d’investissement. Il laisse toutefois entendre qu’il reste encore du travail à accomplir sur d’autres problèmes, tels que les barrières commerciales interprovinciales — ce genre d’enchevêtrements réglementaires susceptibles de semer le doute sur un projet par ailleurs viable.«Des progrès suffisants ont été réalisés en matière de changement de ton. Les processus réglementaires sont plus difficiles à modifier», juge M. Kronick.L’opinion politique a également évolué d’une manière qui pourrait faciliter l’obtention du soutien du public pour les grands projets, selon M. Nanji.Un sondage Angus Reid réalisé en juillet laisse entendre qu’il existe un large soutien en faveur d’un nouvel oléoduc reliant l’Alberta à la côte de la Colombie-Britannique. Mais les grands projets de ce type peuvent prêter à controverse. M. Nanji dit que les responsables devront redoubler d’efforts pour s’assurer du soutien des Autochtones avant de faire trop de promesses aux investisseurs.«Il existe toujours des risques. Ils n’ont pas été éliminés, mais ils ne sont plus aussi importants qu’ils l’étaient peut-être il y a une dizaine d’années», convient-il.Certains signes indiquent que les capitaux étrangers s’intéressent déjà à nouveau au Canada. Selon Statistique Canada, les investissements directs étrangers ont atteint 96,8 milliards $ en 2025, un sommet depuis 2007.Doug Porter, économiste en chef chez BMO, souligne que la majeure partie de ces afflux de capitaux étrangers s’est jusqu’à présent concrétisée sous la forme de fusions et d’acquisitions — et non sous celle des investissements dans de nouveaux projets sur lesquels les organisateurs du prochain sommet fondent leurs espoirs pour lancer de nouvelles initiatives.Guerre commercialeCes chiffres relatifs aux investissements directs étrangers sont d’autant plus encourageants qu’ils s’inscrivent dans le contexte de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, ajoute M. Porter. Il précise que, toutes choses égales par ailleurs, il se serait attendu à ce que les flux d’investissements diminuent face à la politique tarifaire agressive du président Donald Trump, qui met en péril l’accès au marché américain.L’escalade de la guerre tarifaire américaine ne manquera pas de peser sur les discussions du sommet, mais M. Carney a affirmé qu’il présenterait le Canada comme un lieu d’investissement fiable, au-delà de sa proximité avec les États-Unis.«Certains investisseurs pourraient se montrer un peu inquiets quant à cette relation avec les États-Unis, mais si certains de ces projets sont destinés à exporter des marchandises vers d’autres marchés, cela ne sera pas nécessairement un facteur déterminant dans leur décision», a-t-il déclaré.S’adressant aux journalistes jeudi lors de la retraite de son conseil des ministres à Banff, M. Carney a laissé entendre que son argumentaire auprès des investisseurs mettrait l’accent sur la fiabilité du Canada en tant que fournisseur dans un monde incertain.«Le Canada, c’est bien plus que sa proximité avec les États-Unis, d’accord ? Nous avons ce que le monde veut», a-t-il déclaré.