Le président de l’organisation des prochains Jeux d’hiver dans les Alpes françaises a jeté l’éponge après plusieurs mois de crise interne. Comment a-t-on pu en arriver là ?Les Jeux olympiques et paralympiques d’été à Paris il y a deux ans ont représenté une parenthèse enchantée qui a marqué les Français. Les amateurs de sport d’hiver espèrent eux aussi ressentir de telles émotions dans trois ans et demi, avec les jeux organisés dans les Alpes françaises en février 2030. Mais pour l’instant, cet espoir a pris sérieusement du plomb dans l’aile. Après 18 mois à la tête du Comité olympique et paralympique (Cojop), Edgar Grospiron a décidé de ne pas aller au bout de son mandat, reflétant bien les nombreux problèmes que rencontre cette organisation titanesque depuis qu’elle a vu le jour.Sur LinkedIn jeudi soir, le champion olympique de ski de bosses d’Albertville en 1992 a justifié son choix de claquer la porte. « Après plusieurs mois de tension au niveau de la gouvernance, je tire la conclusion que les conditions ne sont plus réunies pour moi de continuer cette aventure. Certains diront sans doute que c’est un échec ou un renoncement. Je préfère dire que j’ai atteint, dans le cadre qui était le mien, le point où il devenait plus juste de passer la main que de s’y accrocher. Oui, il y a eu des obstacles. Oui, il y a eu des accrochages. Oui, il y a eu des décisions difficiles à prendre. »Plusieurs départs de cadres dans le fracasArrivé en février 2025 comme président du Cojop après le retrait de Martin Fourcade, Edgar Grospiron a vite pris conscience de l’ampleur de la tâche qui l’attendait. Son poste nécessite beaucoup de diplomatie, afin de respecter le cahier des charges des comités olympiques et paralympiques, mais aussi les volontés des deux régions organisatrices, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’État représenté par le ministère des Sports, les sponsors privés et la question toujours sensible du budget.Si Edgar Grospiron a tenté de garder un discours de façade et l’ambition de satisfaire toutes les parties, son comité d’organisation s’est rapidement effrité. L’ancien skieur de 57 ans a fait face à des démissions et à des départs en cascade : en décembre 2025, Anne Murac, directrice des opérations, a quitté son équipe. Un mois plus tard, c’est son directeur de la communication Arthur Richer qui a annoncé son départ pour « un désaccord sur la stratégie ».Début février 2026, c’était au tour de Bertrand Meheut, en charge des rémunérations du Cojop de quitter le navire. Enfin, le 25 février dernier, c’est Cyril Linette, bien connu dans le monde des médias et nommé directeur général par Edgar Grospiron lui-même, qui a jeté l’éponge. Là aussi, des différends majeurs ont été exprimés entre les deux dirigeants, et un climat de plus en plus délétère en coulisses. Un « audit sur l’état, la santé morale, mentale, le bien-être des agents » a ainsi été lancé après plusieurs témoignages et alertes de salariés.La volte-face d’Éric CiottiCertains membres ont pu être remplacés, comme Vincent Roberti au poste de directeur général, mais d’autres attendent toujours leurs successeurs. La sortie de piste d’Edgar Grospiron représente cependant un coup de tonnerre bien plus conséquent et soulève beaucoup de questions autour de ces Jeux d’hiver 2030. Parmi les points de friction notable, le secteur des Alpes du sud. La ville de Nice et ses alentours devaient accueillir le pôle glace, à savoir le patinage artistique, le hockey sur glace, le short-track, le curling, ainsi que le village olympique ou encore un centre des médias.Mais l’élection d’Éric Ciotti à la tête de la municipalité niçoise a rebattu les cartes. Le projet porté par Christian Estrosi, aux côtés du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, n’a pas eu les faveurs du nouveau maire qui n’approuvait pas notamment la mobilisation de l’Allianz Riviera, stade de l’OGC Nice, pendant plusieurs semaines au profit des compétitions olympiques. Un plan B a été amorce avec le déménagement de ce pôle glace vers la métropole lyonnaise.À moins de quatre ans de l’événement, le temps presse et les partenaires privés ont besoin d’être rassurés. Une grande annonce de sponsoring a d’ailleurs été reportée cette semaine en raison du départ d’Edgar Grospiron. Le Cojop indique qu’une assemblée générale, prévue ce lundi, sera l’occasion d’organiser l’intérim, jusqu’à la désignation prochaine d’une ou d’un nouveau président.Fourcade à la rescousse ?Qui pour prendre les commandes de ce bateau au beau milieu de la tempête ? Le nom de Martin Fourcade est revenu sur le devant de la scène, mais malgré l’appui d’Emmanuel Macron, le sextuple champion olympique de biathlon a été refroidi par sa précédente expérience. Des profils plus institutionnels ont aussi évoqué comme Amélie Oudéa-Castera, ancienne ministre des Sports, Guillaume Pepy, ex-patron de la SNCF, Mathieu Dechavanne, président de la Compagnie du Mont-Blanc (CMB).En attendant le nouveau nom pour mener à bien ce projet embourbé, la question qui fâche : le CIO (Comité International Olympique) peut-il retirer l’organisation des Jeux à la France ? Jamais en 130 ans de compétition, été et hiver compris, une telle mesure n’a été prononcée. Il y a bien eu des retards conséquents, comme à Montréal en 1976 mais aussi à Athènes 2004, mais pas de retrait définitif. Le cas des infrastructures peut rassurer : contrairement à ces deux éditions, les Alpes 2030 n’ont pas de construction majeure en vue. Tâche désormais aux organisateurs de ne pas rentrer dans l’histoire des Jeux olympiques pour de mauvaises raisons.
Démission d’Edgar Grospiron : les JO d’hiver 2030 peuvent-ils éviter le fiasco ?
Le président de l’organisation des prochains Jeux d’hiver dans les Alpes françaises a jeté l’éponge après plusieurs mois de crise interne. Comment a-t-on pu en arriver là ?










