Événement de cette rentrée littéraire, "C'était ça ou mourir", premier roman de Thélyson Orélien, est pressenti pour le Goncourt et pour une dizaine de prix littéraires.Le résuméJonas traverse frontières, jungle et arbitraire administratif avec pour seules armes le rire et la mémoire.Orélien oppose la douceur de sa langue à la brutalité du parcours migratoire.Le roman rappelle que derrière les catégories de "réfugiés" ou de "migrants" demeurent des vies, des filiations et une dignité.Le New York Times s'est même fendu d'un reportage sur ce jeune auteur haïtien installé à Montréal depuis 2010, et 23 pays ont acheté les droits de traduction avant même la parution. Un focus mérité littérairement parlant qui, on le souhaite ardemment, braquera aussi les feux de l'actualité sur l'urgence du sujet: la prise en charge de tous les émigrants fuyant dans des conditions inhumaines, un pays en guerre.Haïti est une terre frappée de tous les fléaux. Après les longues années de dictature de Papa Doc et ses tontons Macoutes de sinistre mémoire, il y eut le terrible tremblement de terre de 2010, sans compter les gangs incontrôlables qui tuent, violent et prennent en otage la population. Mais Haïti dévastée est aussi une terre d'écrivains de grand talent, depuis René Depestre en passant par Yanick Lahens, Lionel Trouillot, James Noël, Gary Victor, Makenzy Orcel ou Dany Laferrière pour n'en citer que quelques-uns. Thélyson Orélien ne vient donc pas de nulle part, pas plus que son narrateur Jonas, qui fuit une île réduite à la violence.Dans son sac en plastique, un recueil des poèmes de René Depestre, un slip et la photo de sa mère.Rentrée littéraire Grasset 2026 : Thélyson Orélien, "C'était ça ou mourir"Le swing d’une écriture charnelle"C'était ça ou mourir" allie la douceur de la langue, le chantant du créole, le swing de l'écriture charnelle de Thélyson Orélien, à la dureté du parcours de James Dorléon, en route pour le Canada. Un parcours à pied, dantesque, dont le lecteur lui-même ne sort pas indemne. Tout ici est véritable, bien que l'auteur ait eu, lui, la chance d'arriver au Québec en avion, il a rencontré et écouté le périple atroce des nouveaux arrivés. Des profiteurs de notre générosité? Que ceux qui le pensent lisent donc ces pages..."Même exilé, même sale, même fiévreux, tu n'es pas un chien. Tu es un fils. Un héritier. Un homme."Thélyson OrélienDans "C'était ça ou mourir"Des pages de poète qui, par la qualité de son regard et la beauté de son verbe, élève un chant, nomme, accompagne les invisibles, ces femmes et ces enfants tombés en chemin, noyés par le fleuve, disparus dans un fossé, avalés par la jungle.Jonas risque à chaque étape d'être englouti dans la gueule du monde hostile, raciste, cruel. Pour seule arme, il possède le rire, l'ultime dignité face à l'arbitraire, à l'absurde d'une existence vouée aux aléas de la destinée, du hasard, et du bon vouloir de l'algorithme du département de l'immigration. Rire pour ne pas mourir, en déridant le tueur, le douanier, le passeur, pour sauver sa peau ou simplement remplir sa gourde.Le rire pour survivre, l'une des armes maniées avec brio par l'auteur Thélyson Orélien. ©AFPLe courage de tout quitterLe courage, c'est de tout quitter, d'arriver quelque part, puis d'attendre un rendez-vous, un numéro, un papier, une porte qui s'ouvre ou un refus. "L'attente est devenue notre patrie". La souffrance? Son témoignage n'entre pas dans les cases d'un formulaire administratif mais elle devient «utile» pour un dossier. Utile..."Ils n'avaient pas besoin d'un argument, leur haine suffisait, elle leur tenait lieu de preuve. Et ça, c'est plus dangereux qu'un fusil."Thélyson OrélienDans "C'était ça ou mourir"L'ironie n'est jamais amère chez Thélyson Orélien, elle n'est là que pour souligner que l'aléatoire gouverne. Et que l'ignorance tue, comme lorsque Trump colporte que les Haïtiens mangent les chats. "Ils n'avaient pas besoin d'un argument, leur haine suffisait, elle leur tenait lieu de preuve. Et ça, c'est plus dangereux qu'un fusil: c'est une idéologie sans pensée, un feu qui brûle même sans bois".L'Europe est en train de peaufiner une déportation "humaine" des réfugiés. Pesons bien le poids inégal de ces deux mots, mettons-les en vis-à-vis de ceux de Thélyson Orélien: "même exilé, même sale, même fiévreux, tu n'es pas un chien. Tu es un fils. Un héritier. Un homme". ©Grasset