Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite a remporté des élections régionales dans un land allemand. Dans les capitales européennes, on craint un effet de propagation, même si certains partis d’extrême droite conservent leur distance avec un mouvement jugé trop radical.
Sous l’œil de dizaines de caméras, Ulrich Siegmund s’est exprimé dimanche devant ses partisans, bien conscient que son discours ferait le tour de la planète. « Cela va être une secousse dans toute l’Allemagne », s’est époumoné l’homme de 35 ans, l’air ravi.Lundi matin, toute l’Europe avait effectivement les yeux tournés vers la Saxe-Anhalt, un petit land de l’est de l’Allemagne peuplé d’à peine plus de 2 millions d’habitants. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite, représentée cette fois par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), est arrivée en tête d’élections régionales, obtenant près de 44 % des voix.« Ce sont des résultats qui sont fulgurants, plus hauts que ce que les sondages présageaient », explique Hans Stark, professeur à la Sorbonne. « On ne peut pas ne pas penser à l’histoire », souligne avec inquiétude auprès du Devoir le chercheur franco-allemand.Inspirations néonaziesFondée en 2013 par des professeurs d’université opposés à l’euro, l’AfD était initialement un parti néolibéral sans coloration identitaire. « Le parti s’est progressivement transformé, surtout à partir de la crise migratoire de 2015 et de l’accueil de migrants par Angela Merkel », explique Jeanette Süß, politologue spécialiste des relations franco-allemandes à l’Institut français des relations internationales.À partir de cette période, le parti a progressivement récupéré l’électorat et les cadres du parti Die Heimat, bastion traditionnel des néonazis en Allemagne. « Aujourd’hui, c’est l’un des partis d’extrême droite les plus radicaux de l’Europe, très hostile à l’islam et à l’immigration », explique la chercheuse. L’AfD est officiellement prorusse, alors que l’Allemagne est le principal soutien européen à l’Ukraine.Pendant longtemps, l’AfD n’a pas pu former de gouvernements en raison du « cordon sanitaire » appliqué par les autres partis, qui l’empêchait de participer aux coalitions qui sont nécessaires pour gouverner dans le système politique allemand. Mais ces dernières années, le parti voit constamment ses scores augmenter, en particulier dans l’ancienne Allemagne de l’Est.« C’est une région plus pauvre, qui a plus de problèmes de dénatalité et d’emploi que le reste du pays, explique le professeur Hans Stark. Comme beaucoup de partis populistes, l’AfD promet à la fois de baisser les impôts et de maintenir le niveau de services publics, la principale préoccupation de la population. »Face à l’extrême droite, l’Union chrétienne-démocrate (CDU, droite), longtemps le parti le plus important du pays, s’est effondrée en Saxe-Anhalt, passant de 37 % à 17 % des voix. L’autre géant de la politique allemande, le Parti social-démocrate (centre gauche), a obtenu à peine 9 % des voix, juste derrière la gauche radicale de Die Linke.










