Société Après le scandale provoqué par l’exclusion des salariées femmes lors de la visite d’une organisation hindoue samedi 5 septembre, la Mairie de Paris et la Société d’exploitation de la tour lancent deux enquêtes et réfléchissent à modifier les règles de privatisation. Le Baps, la branche de l’hindouisme radical dont des membres ont visité la tour Eiffel samedi, minimise sa responsabilité. Photo Kenzo Tribouillard/AFP Par Sophie Berthier Publié le 09 septembre 2026 à 12h06 Lundi dernier, la tour Eiffel a laissé quantité de touristes désappointés à ses pieds, privés du vertige enivrant de partir à la conquête du monument parisien, fermé ce jour-là en raison d’une grève spontanée de son personnel. Cet élan de protestation suivait de deux jours la visite privée de membres d’une organisation hindoue d’obédience religieuse très conservatrice et proche du Premier ministre indien nationaliste, Narendra Modi. Or, des représentants influents au sein de ce groupe ont exigé de ne croiser aucun membre féminin du personnel sur place. « Lors de la venue d’une délégation d’une centaine de personnes, les consignes ont été données aux femmes salariées de la tour Eiffel et aux femmes salariées des entreprises prestataires de s’invisibiliser afin d’accueillir cette délégation », ont expliqué les salariés dans un communiqué. « Certaines ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Toutes les femmes ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation », rapporte une déléguée du personnel. Depuis la révélation de ce dérapage sans précédent qui a indigné les salariés, le tollé ne retombe pas. La classe politique, tous bords confondus, a dénoncé avec virulence cette insulte aux valeurs de la République et vilipendé la souplesse inexcusable des gestionnaires de la Dame de fer face à un diktat religieux. Une faille dans le protocole Oui, mais qui est responsable d’avoir plié ? Contrairement au célèbre ascenseur de la tour Eiffel, les ordres ne peuvent que descendre du sommet de la pyramide hiérarchique vers les managers de terrain et non l’inverse. À travers un communiqué, le Baps (le Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha, la branche de l’hindouisme radical concernée) a quant à lui présenté de tièdes excuses et minimisé sa responsabilité directe, affirmant « avoir simplement organisé la visite en coordination avec les équipes de la tour Eiffel ». Évidemment cible des suspicions de complaisance, Ariel Weil, président de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (Sete) et maire PS de Paris Centre (1ᵉʳ, 2ᵉ, 3ᵉ et 4ᵉ arrondissements), a présenté des excuses aux salariés de la société, promis un remboursement des billets aux touristes lésés et annoncé une enquête pour détailler la chaîne de décision ayant conduit à cette énorme « boulette ». Enquête confirmée par le maire de Paris, Emmanuel Grégoire — la Ville est actionnaire à 99 % de la Sete —, qui la doublera d’une seconde, simultanée, confiée par la Mairie de Paris à un intervenant extérieur indépendant. Ariel Weil l’a reconnu : il y a eu un ou plusieurs gros trous dans la raquette du protocole d’accueil du monument le plus visité du monde. Certes, comme toute visite privée et exclusive, celle de samedi dernier a fait l’objet d’un devis et, comme pour toutes les délégations massives, s’est insérée dans un créneau spécifique ; généralement le tout début de matinée, juste avant l’ouverture officielle ou pendant les premières heures, afin de fluidifier les contrôles de sécurité extérieurs et de ne pas paralyser les ascenseurs. Mais en amont, des interlocuteurs « professionnels/cadres » de la Sete planifient l’accueil. À eux le soin de faire la liaison avec les agents opérationnels sur le terrain en leur transmettant les consignes de sécurité, tout comme les exigences logistiques ou culturelles… Dont l’invisibilisation des femmes et leur remplacement par des hommes ne devraient jamais faire partie. À aucun prix. Des résultats dans sept jours Reste le paramètre économique : la santé financière de la Dame de fer décline sévèrement. La pandémie de Covid-19 a déclenché une crise qui se chiffre à 300 millions de pertes entre 2020 et 2022. Des travaux de rénovation impératifs ont ensuite contribué à creuser le déficit. Alors, engranger des subsides de secours grâce à de richissimes visiteurs avides de privilèges pèse inévitablement dans la balance… En attendant les résultats — dans un délai de sept jours — de la double enquête, les causes de la grève de lundi ont été massivement relayées à l’étranger par les dépêches de l’AFP ou de Reuters ; une traînée de poudre qui a entraîné des vagues d’indignation et de débats dans les médias européens et anglo-saxons, tant la tour Eiffel demeure sur toute la planète l’emblème de Paris et plus largement de la France. À lire aussi : Grève à la tour Eiffel : le bras de fer s’enferre Après cet impair majeur, il se murmure que la Sete et la Ville de Paris plancheraient déjà sur une validation obligatoire de la direction générale dès qu’une demande d’aménagement spécifique ou dérogatoire est formulée par un groupe privé. Autre piste : l’insertion, dans le fameux protocole, d’un droit de veto éthique (sous la forme d’une clause de sauvegarde contractuelle) stipulant qu’aucune prestation privée ne peut déroger aux principes républicains d’égalité femmes-hommes et de non-discrimination. Autant d’évidences qu’il est manifestement nécessaire de rappeler. Société Mairie de Paris Sexisme Paris Tourisme Inde Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. 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Femmes exclues de la tour Eiffel : une double enquête pour faire la lumière sur un impair majeur
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