Le sommet international sur le spatial s'ouvre ce mercredi 9 septembre à Paris. Au programme : des rencontres entre les décideurs, entreprises et scientifiques de 120 pays, dans le but de renforcer la coopération entre les différentes puissances. Mais certains participants initialement attendus manquent à l'appel : plusieurs géants américains du spatial, comme SpaceX ou Blue Origin, ont annoncé la semaine dernière se retirer du sommet, sur fond de tensions entre les Etats-Unis et l'Europe.Et pour cause, le président français Emmanuel Macron entend faire de cette rencontre, qui se tiendra jusqu'à jeudi au Grand Palais, un levier pour renforcer le rôle de l'Union européenne dans la course à la conquête spatiale. L'enjeu : doter l'Europe d'une capacité de lancement indépendante et de son propre système de communications par satellite, afin de réduire sa dépendance aux Etats-Unis."Le sommet abordera l'ensemble des enjeux liés au développement et à l'innovation du secteur spatial autour de trois thématiques clés", a déclaré l'Elysée dans un communiqué. "Relever les défis de l'économie spatiale mondiale par la coopération internationale ; faire progresser la science, la technologie et l'exploration spatiale dans une perspective internationale ; assurer la sécurité de l'espace par le dialogue, la défense et les partenariats", a détaillé la présidence de la République.Concurrence avec les Etats-UnisUn programme qui n'est pas du goût de la Maison-Blanche, qui dit y voir une démarche eurocentrée. Selon Politico, l'administration Trump a ainsi convoqué, fin août, les principales firmes américaines du spatial pour les dissuader de participer au sommet. "Un responsable du bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche a indiqué à plusieurs entreprises, dont SpaceX, Stoke Space, K2 Space et Astra, que leur participation au sommet pourrait être perçue comme un soutien tacite aux positions politiques de l'UE", détaille le média américain.Le responsable politique présent lors de l'appel aurait également critiqué l'absence de coordination entre la France et les Etats-Unis autour de l'organisation de ce sommet, accusant Paris de promouvoir des "pratiques anticoncurrentielles", et s'est inquiété de la participation de la Chine au forum.À la suite de cela, quatre firmes américaines ont annoncé se retirer du sommet, dont Blue Origin (société du milliardaire et patron d'Amazon, Jeff Bezos), SpaceX (l'entreprise d'Elon Musk, qui gère les satellites Starlink), ainsi que la société de lancement Stoke Space, et l'entreprise de data-centers Starcloud. "L'Europe est un marché important pour les entreprises spatiales américaines, mais pas autant que les États-Unis", a déclaré l'un des représentants du secteur à Politico. "Les entreprises spatiales américaines se trouvent désormais dans la position délicate de devoir trouver la meilleure façon de se retirer en douceur". Certaines annonces qui auraient dû être faites lors du sommet entre l'Europe et les entreprises américaines ont ainsi été annulées. Mais l'Élysée a tenté de minimiser ce revers, insistant vendredi dernier sur le fait que l'absence de SpaceX et de Blue Origin - deux des principales entreprises spatiales mondiales - n'aurait que peu d'impact sur le sommet. Les organisateurs ont également souligné que celui-ci accueillerait tout de même des firmes américaines, parmi les quelque 1 100 entreprises qui seront présentes au Grand Palais.Plusieurs dirigeants européens absentsLa réaction américaine intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et leurs alliés européens, sur fond de désaccords concernant les droits de douane, le déploiement de troupes américaines sur le continent ou encore la guerre en Iran. Washington a récemment fait pression contre le projet de loi spatial de la Commission européenne, qui visait à instaurer un cadre commun sur les activités spatiales, mais que les Etats-Unis perçoivent comme une tentative de limiter l'influence de leurs entreprises. La volonté franco-allemande de renforcer le réseau IRIS (le premier grand projet européen de réseau de communication par satellites) est également perçue comme une concurrence à Starlink. Malgré les réticences de l'administration concernant cet événement, des représentants du Bureau de la politique scientifique et technologique (OSTP), du Département d'État, du Département du Commerce et de la NASA participeront quand même au sommet.Les Américains ne seront néanmoins pas les seuls à bouder l'événement. Alors même que l'Allemagne co-préside officiellement le sommet, Berlin a fait savoir vendredi que le chancelier Friedrich Merz ne serait pas présent en raison d'autres engagements. Une absence qui s'inscrit sur fond de désaccords de plus en plus apparents avec Paris sur la politique spatiale. De leurs côtés, les services de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, ont également indiqué à Reuters que celle-ci ne serait pas présente au sommet.Aucune décision n'est attendue lors du forum, qui sera avant tout une rencontre politique informelle. "De nombreuses annonces économiques sont attendues, dont des contrats et investissements particulièrement significatifs", a néanmoins précisé l'Elysée. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit prononcer jeudi un discours d'orientation. La Chine devrait également être présente, ont indiqué des représentants, sans donner plus de détails.