Publié le 09/09/2026 10:30

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Un journaliste de "Cash Investigation" s’est entretenu avec un cybercriminel au moment même où ce dernier menaçait le groupe de santé privé Ramsay de faire fuiter les données de 45 000 patients. Extrait d'une enquête à voir le 10 septembre sur France 2.

À l’été 2025, un groupe de hackers qui se surnomme "Marak" a piraté le leader français des cliniques privées, Ramsay Santé. Ce géant possède 163 établissements en France et revendique, dans sa communication, opérer un Français sur neuf. En s’introduisant dans le système informatique de l'Hôpital privé de la Loire, qui fait partie du réseau Ramsay, les cybercriminels sont parvenus à siphonner 530 000 dossiers patients et 45 000 copies de cartes d’identité. Ils ont menacé l'établissement de faire fuiter ou de revendre toutes ces données si la direction ne les contactait pas dans les 72 heures.François Cardona, journaliste de "Cash Investigation", a réussi à approcher l’un des membres de "Marak" dans ce délai, et à échanger avec lui sur une messagerie cryptée afin de comprendre comment toutes ces données avaient pu être piratées. Ce groupe de hackers n'en est pas à son coup d'essai, il se serait déjà introduit dans le système informatique de Free.Pour prouver qu'il a bien piraté le système de l'Hôpital privé de la Loire, notre interlocuteur envoie quelques extraits de dossiers de patients, avec leurs données personnelles (adresse, numéro de téléphone, date de naissance). On peut aussi y consulter des copies de cartes d’identité, des noms de médecins traitants, et même le numéro de Sécurité sociale de chaque patient, un identifiant particulièrement précieux pour ceux qui pratiquent l’usurpation d’identité car il est donné à vie. L'hôpital privé a-t-il répondu à la demande des hackers ? A-t-il contacté "Marak" ? Non, répond le pirate. Alors, que vont devenir les données pillées ? "Si aucune réponse, les vendre, dans le pire des cas, les leak." Les leak ? C'est-à-dire les faire fuiter.De quelle façon est-il parvenu à voler les dossiers des patients, à la fin juin 2025 ? Il explique avoir d'abord récupéré les identifiants d’un médecin pour se connecter au système de l'hôpital. Ensuite, selon ses dires, il serait resté plus de trois jours dans le réseau informatique de Ramsay à siphonner les données, sans être détecté : "J’ai commencé le 27 juin, fini le 30 juin", détaille-t-il.Durant cette période, il aurait copié les dossiers de patients à un rythme effréné. Dans le jargon numérique, procéder à l'extraction de données s'appelle "scraper". "Ici, on peut voir mon terminal quand je scrapais les patients, continue-t-il. On voit l’heure de mon scrap et l’heure des dossiers patients consultés." En effet, d’après ce document, en l’espace de 9 secondes, ce sont quelque 24 dossiers patients qui ont été copiés. Et l'escroc n'aurait jamais été repéré. Pourtant, "il y avait la date et l’heure à laquelle les fichiers patients étaient consultés. Donc quand on voit que chaque minute, il y a des dizaines de fichiers patients consultés sans s'arrêter, il y a un truc qui cloche, quoi !" s'étonne le hacker.Quelques jours après l’attaque, le groupe Ramsay communiquait : "Les données concernées sont essentiellement d’ordre administratif", sauf pour "quarante patients". Impossible de vérifier ce nombre. "Cash Investigation" a voulu demander au groupe Ramsay si, depuis cette attaque, le système informatique avait été amélioré afin de garantir une meilleure sécurisation des données des patients. Mais la direction de la communication du groupe a refusé toute interview de son directeur général, Pascal Roché. Par écrit, sa directrice de communication confirme le vol de 45 000 copies de cartes d'identité. Questionnée sur les mesures mises en place par le groupe depuis l’attaque pour garantir la sécurité des données des patients, elle répond : "Nous ne communiquons pas publiquement ces informations..." Ramsay refuse également de préciser les montants consacrés à la cybersécurité.Depuis, que sont devenues ces données ? L’un des membres du groupe "Marak", plusieurs mois après sa cyberattaque, a confié à "Cash Investigation" avoir vendu les données. Peu de temps après, le groupe a été démantelé par l’OFAC, l’Office anti-cybercriminalité : 7 personnes âgées de 16 à 22 ans ont été arrêtées entre mars et juillet 2026.Le 3 septembre 2026, la CNIL a condamné l'Hôpital privé de la Loire à une amende de 500 000 euros, notamment pour n’avoir "pas mis en œuvre certaines mesures élémentaires de sécurité qui auraient pu rendre l’attaque plus difficile".Extrait de "Cyber-arnaques : État et entreprises nous protègent-ils vraiment ?", une enquête de François Cardona diffusée dans "Cash Investigation" le 10 septembre 2026.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo, rubrique "Les émissions".