"Consternation." Le Der Spiegel n'a qu'un mot à la bouche au lendemain des élections régionales en Saxe-Anhalt. Avec près de 44 % des voix selon des résultats encore provisoires, l'AfD est arrivée largement en tête dans ce Land de l'est de l'Allemagne, ce dimanche 6 septembre. Une percée historique : le parti d'extrême droite devient le premier de son camp à se retrouver aux portes du pouvoir régional depuis la Seconde Guerre mondiale."Un résultat glaçant", titre de son côté Le Soir, qui évoque la "défaite cuisante" infligée aux partis démocratiques, "manifestement incapables de convaincre les électeurs de Saxe-Anhalt du danger majeur que représente l'AfD". Appelant à un "sursaut collectif", le quotidien belge rappelle la ligne de la formation allemande, entre "révisionnisme historique envers les crimes du IIIe Reich", discours anti-immigration et positionnement pro-russe. L'Alternative pour l'Allemagne devrait manquer de peu la majorité absolue au Parlement régional. Le parti n'en inflige pas moins une lourde déconvenue aux conservateurs du chancelier Friedrich Merz, dans un contexte où 87 % des électeurs interrogés se disent mécontents du gouvernement fédéral, selon un sondage de sortie des urnes de la chaîne publique ARD.Pour Der Spiegel, le scrutin marque "un saut dans une nouvelle dimension". L'AfD signe une victoire écrasante et le centre politique allemand semble s'effondrer. Friedrich Merz, "un chancelier sans programme à proposer aux électeurs", n'est "clairement pas l'homme de la situation pour ce poste actuellement", selon l'éditorial de Dirk Kurbjuweit. Même constat du Financial Times, qui décrit un dirigeant "en difficulté" après le "coup dévastateur" porté par l'extrême droite. Désormais, "la demande de changement de direction pourrait s'avérer irrésistible, surtout si la CDU essuie un revers lors des autres élections régionales ce mois-ci." Ce dimanche, le parti de Friedrich Merz a vu sa part des voix s'effondrer et le quotidien britannique y lit surtout la déroute du paysage politique traditionnel. Un constat d'autant plus sévère que le chancelier allemand était déjà fragilisé au sein de son propre parti. Ulrich Siegmund, tête de liste de l'AfD en Saxe-Anhalt, l'avait même qualifié par le passé de "meilleur militant de l'AfD", en raison de son impopularité dans le Land."Dilemme douloureux"Reste la question la plus épineuse : comment constituer une majorité ? "Et maintenant, gouverner : mais comment ?", interroge la Süddeutsche Zeitung. Les partis traditionnels ont tous exclu toute coopération avec l'AfD. Le Wall Street Journal parle d'un "dilemme douloureux" : faut-il maintenir le "cordon sanitaire" ou permettre, d'une manière ou d'une autre, à l'AfD de gouverner ? Une coalition réunissant plusieurs petits partis pourrait théoriquement écarter l'extrême droite si ceux-ci franchissent tous le seuil des 5 %. Le scénario jugé le plus probable par The Telegraph serait toutefois celui d'un gouvernement minoritaire CDU-SPD, toléré par la gauche et les Verts. Autre hypothèse : une alliance de circonstance de l'AfD avec le BSW, formation d'extrême gauche qui semble elle aussi avoir franchi le seuil électoral.Le problème est désormais aussi celui de la CDU. Si Friedrich Merz a exclu toute coopération, même passive, avec l'AfD, les élus conservateurs d'Allemagne de l'Est sont divisés sur le maintien du "cordon sanitaire", relève le Wall Street Journal. Le chancelier pourrait imposer un gouvernement régional anti-AfD, au risque de provoquer une fronde interne, ou laisser davantage de latitude à la CDU régionale, au risque cette fois de fracturer son parti et sa coalition fédérale."Un signal à l'Europe"Au-delà de l'Allemagne, le scrutin résonne déjà comme un avertissement. The Telegraph estime que le triomphe de l'AfD va provoquer une "onde de choc" dans les capitales européennes, contredisant l'idée d'un reflux de la vague populiste. Son positionnement pro-russe, notamment son opposition aux sanctions contre Moscou et son soutien limité à l'Ukraine, donne également au résultat une dimension géopolitique : "À Moscou, Vladimir Poutine va sabrer le champagne", commente le journal britannique."La victoire de l'extrême droite dans un Land allemand envoie un signal à l'Europe", renchérit le New York Times. De Londres à Paris, le résultat est perçu comme bien plus qu'une simple élection régionale. À l'approche de nouvelles échéances électorales partout en Europe, le quotidien américain estime que le succès spectaculaire de l'AfD pourrait annoncer d'autres victoires de l'extrême droite et fournir un modèle à des partis nationalistes qui, de la France à l'Italie en passant par l'Espagne et le Royaume-Uni, portent des discours aux accents similaires. Pour les centristes européens, la leçon est donc aussi une mise en garde .
"Un résultat glaçant" : le triomphe de l'AfD en Saxe-Anhalt vu par la presse étrangère
L’extrême droite allemande s'est imposée largement dans ce Land de l'Est. De la "consternation" du Der Spiegel à "l'onde de choc" décrite par The Telegraph, la presse internationale mesure la portée de ce scrutin.










