Publié le 03/09/2026 14:20
Liste des vidéos similaires
France Télévisions
Dans la mobilisation contre la loi Duplomb, un argument a fait mouche : l’acétamipride serait cancérogène. Une partie de la classe politique s'en est emparée, mais cette accusation est-elle fondée ? Complément d'enquête" a interrogé une spécialiste pour savoir où en sont les études sur la toxicité de ce néonicotinoïde.
Dans le succès inédit de la pétition contre la loi Duplomb, les dangers de l'acétamipride pour la santé humaine ont joué un grand rôle. Cet extrait de "Complément d'enquête" revient sur une intervention qui a marqué un tournant.Le jour du vote de la loi, à l'Assemblée nationale, une femme interpelle les députés depuis le balcon au-dessus de l'Hémicycle : "Vous êtes les alliés du cancer, et nous le ferons savoir !" La vidéo filmée par des députés devient virale. Rapidement reprise par les médias, elle cumule des centaines de milliers de vues. Ce cri, c'est Fleur Breteau qui l'a poussé. Atteinte d'un cancer du sein, elle a créé l'association Cancer Colère en réaction à la loi Duplomb.À gauche, les élus s'emparent de la menace du cancer pour en faire un argument politique. Parmi les pesticides, l'acétamipride est particulièrement ciblé. "Nous savons que l'acétamipride est un perturbateur endocrinien, que son lien avec les cancers infantiles est avéré", poste par exemple sur X la députée Europe Ecologie Les Verts Léa Balage El Mariky. Ségolène Royal, celle qui avait fait interdire ce pesticide quand elle était ministre de l'Environnement, utilise le même argument, affirmant que "les scientifiques le disent, bien sûr que c'est cancérigène !".La science est-elle aussi affirmative que Ségolène Royal ? "Complément d'enquête a voulu le vérifier auprès d'une spécialiste qui étudie l'impact de ces molécules sur la santé. La toxicologue Sylvie Bortoli a participé à la dernière expertise collective de l'Inserm, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, à ce sujet. "L'acétamipride n'est pas classé comme substance cancérigène", déclare-t-elle. En l'état actuel des connaissances, on ne peut pas affirmer que l'acétamipride provoque des cancers, car "les données sont encore limitées quant [à son] potentiel cancérigène". Néanmoins, précise-t-elle, il existe "un certain nombre de signaux d'alerte" qui justifient de plus amples recherches, "parce que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de données qu'il n'y a pas d'effets".À ce jour, trois études évoquent des liens potentiels avec le cancer du sein et le cancer du foie. Pour les cancers infantiles, aucun lien n'a été établi. Par ailleurs, rappelle la toxicologue, l'acétamipride est suspecté d'avoir un impact sur la reproduction comparable à celui d'un perturbateur endocrinien, ainsi qu'un fort potentiel neurotoxique. C'est-à-dire des effets de nature à "perturber les capacités d'apprentissage, les capacités motrices, les capacités cognitives, les capacités de mémorisation, les fonctions neuromusculaires…".Contactée pour savoir sur quoi elle appuyait ses déclarations, Ségolène Royal n'a pas répondu à "Complément d'enquête". La députée EELV Léa Balage El Mariky s'est, elle, expliquée sur son post faisant référence à un lien entre cancers infantiles et acétamipride, reconnaissant une erreur et une maladresse. Le lendemain de son échange avec la journaliste, elle a supprimé sa publication sur X. Le camp adverse, le sénateur Duplomb en tête, n'a pas manqué de crier au "débat hystérisé" par ce qu'il considère comme une information mensongère. Mais pour Fleur Breteau, celle par qui la polémique est arrivée, ce n'est de toute façon "pas un débat". "Est-ce que l'acétamipride donne le cancer ou pas ? L'acétamipride a des effets hautement toxiques sur le corps humain, pour moi, ça suffit, peu importe les maladies, réagit-elle dans "Complément d'enquête". Si on en est encore à discuter de 'Est-ce que l'acétamipride donne le cancer ?' alors qu'il perturbe le développement du cerveau chez les enfants, je ne comprends pas ce débat. Pour moi, essayer de dire 'Oui, mais l'acétamipride, ça ne donne pas le cancer', ça fait partie de la désinformation. Ce n'est pas le sujet. Si les pesticides nous rendent malades, on arrête les pesticides, c'est tout."Extrait de "Pesticides : au cœur du champ de bataille", à voir dans "Complément d'enquête" le 3 septembre 2026.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de franceinfo, rubrique "Les émissions".






