Livres Figure majeure du féminisme, la journaliste et autrice américaine est morte à 92 ans ce 2 septembre. Elle aura milité toute sa vie pour la défense des droits des femmes. Gloria Steinem, journaliste américaine, militante politique et l’une des fondatrices du mouvement féministe moderne, en 1965. Photo Joel Yale/The LIFE Picture Collection/Shutterstock Par Télérama, avec AFP Publié le 03 septembre 2026 à 13h20 L’Américaine Gloria Steinem, décédée mercredi 2 septembre à 92 ans, s’est imposée comme l’un des plus célèbres visages du féminisme, sillonnant les États-Unis inlassablement pour défendre ses idées. Avant de devenir l’une des têtes de proue de ce mouvement, Gloria Steinem fait ses armes dans le journalisme à l’aube des années 1960, une époque où nombre d’Américaines doivent encore obtenir l’autorisation de leur mari pour ouvrir un compte bancaire. Dans ses articles, elle dénonce les inégalités subies par ses pairs. Elle se fait connaître en 1963 en relatant son infiltration parmi les serveuses en bustier et oreilles de lapin dans un club Playboy de Hugh Hefner, et le sexisme ambiant. Mais c’est en couvrant une réunion où des femmes qui ont avorté prennent la parole qu’elle dit avoir eu un déclic féministe, en 1969. « Cela a donné un sens à ma propre expérience — j’avais avorté et je ne l’avais dit à personne », écrit plus tard la militante dans New York Magazine. Le médecin londonien qui avait pratiqué une IVG — alors illégale — en 1957 lui avait fait promettre deux choses : « D’abord que vous ne révélerez mon nom à personne. Ensuite, que vous ferez ce que vous voulez de votre vie. » À lire aussi : Gloria Steinem en 2019 : “Nous, les femmes, ne sommes pas destinées à être subordonnées ou soumises” Peu à peu, Gloria Steinem passe de l’écriture à la prise de parole publique, et s’engage de plus en plus clairement. Prononcer un discours était pourtant effrayant pour une jeune femme manquant de confiance en elle. « Souvent je savais ce que je voulais, mais je m’inquiétais de ce qu’on penserait », confie-t-elle à l’AFP en 2019. « Si c’était à refaire, je perdrais moins de temps à hésiter. » Le goût du voyage Née dans l’Ohio le 25 mars 1934, Gloria Steinem grandit en suivant le mode de vie nomade de son père, vendeur d’antiquités ambulant, jusqu’au divorce de ses parents quand elle a 10 ans. Après la séparation, elle doit s’occuper de sa mère, sujette à la dépression. Le goût du voyage lui reste. Elle passe sa vie à parcourir les États-Unis et le monde, de conférence en manifestation — mais sans jamais apprendre à conduire. « Pendant 20 ans, pas une semaine ne s’écoulait sans que je ne prenne l’avion », se souvient-elle dans New York Magazine. L’âge ou les maladies, dont un cancer du sein à la fin des années 1980, n’entament pas cette passion. Au fil des voyages, Gloria Steinem devient l’un des visages incontournables du mouvement féministe. Dans les années 1970, elle fonde Ms. Magazine et le National Women’s Political Caucus, ou organise la première conférence nationale des femmes à Houston. Mais son physique élancé, ses mini-jupes et sa brève expérience de Playboy Bunny sont utilisés pour attaquer sa crédibilité. « J’étais accusée d’être remarquée en raison de ma “beauté” », raconte-t-elle au New Yorker. Sa vie personnelle est aussi scrutée : sans enfant ni époux, elle ne rentre pas dans les cases. À 66 ans, Gloria Steinem se marie pour la première fois, avec l’homme d’affaires David Bale, père de l’acteur Christian Bale. « Je n’ai pas changé. Le mariage a changé », répond-elle à un journaliste qui lui demande pourquoi elle a modifié sa position sur le célibat. Trois ans après leurs noces, David Bale décède d’un lymphome cérébral, à 62 ans. Visage de la deuxième vague du féminisme Représentante d’un féminisme d’un autre temps aux yeux de certaines jeunes militantes, Gloria Steinem n’échappe pas aux critiques, lui reprochant par exemple sa défense en 1998 du président Bill Clinton, accusé de harcèlement sexuel. En 2016, quand Hillary Clinton semble à un pas de devenir la première présidente du pays mais peine à s’assurer le vote féminin, elle suggère que les jeunes filles aiment son rival Bernie Sanders car « les garçons sont avec (lui) » — avant de s’excuser. Gloria Steinem reste de tous les combats, et va d’université en université pour prononcer des discours. En 2022, quand la Cour suprême enterre l’arrêt « Roe v. Wade » garantissant le droit à l’avortement, la militante assure que « cela ne fera qu’empêcher les avortements d’être sûrs » et appelle les Américaines à se battre. Après une vie passée à lutter contre les injustices, elle expliquait en 2019 à l’AFP considérer que « le rôle des personnes âgées comme moi est d’avoir de l’espoir, parce que nous nous souvenons de périodes où c’était pire ». Livres Disparition Féminisme Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. 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