Le chanteur, mis en examen dans quatre affaires de violences sexuelles, a finalement renoncé à sa tournée prévue à l’automne. Le coût financier lui incombera de fait, plutôt qu’aux municipalités qui s’étaient exprimées en faveur de l’annulation. Patrick Bruel en janvier 2026 lors de la soirée des 200 ans du « Figaro ». Photo Lionel Urman/ Bestimage Par Eric Delhaye Publié le 02 septembre 2026 à 18h30 Le « ouf de soulagement » poussé par Florian Bercault, maire (DVG) de Laval, au micro d’Ici Mayenne, résume un sentiment largement partagé. L’annulation par Patrick Bruel lui-même de ses trente-cinq concerts de l’automne exonère les communes de prendre la décision à sa place. La charge financière incombera donc au chanteur, mis en examen dans quatre dossiers de violences sexuelles, et placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres, pour qui cette tournée était « devenue l’incarnation d’un débat qui la dépasse ». Patrick Bruel a prétendu faire « le choix de l’apaisement ». Mais les promoteurs locaux de sa tournée, produite par sa société 14 Productions, sont à cran. Rares sont ceux qui répondent au téléphone, comme parmi les directeurs et directrices de salles. « On en a entendu parler tous les jours de l’été, on n’en peut plus, dit un patron de salle. Maintenant que la tournée est annulée, le public est déçu, et le préjudice concerne toute la chaîne en cascade, du producteur au personnel qui ne travaillera pas ce soir-là. » La tournée devait surtout visiter des Zénith et des salles équivalentes, la plupart propriétés des municipalités qui les gèrent directement ou délèguent leur exploitation. Organisée de longue date, bien avant que la situation judiciaire du chanteur s’envenime, elle était verrouillée par des obligations contractuelles diverses, auxquelles chacun était tenu. Pour faire simple, celui qui déciderait de son annulation serait également celui qui en paierait les conséquences, à commencer par le remboursement des 150 000 billets achetés pour ces concerts, célébrant les 35 ans de l’album Alors regarde. En considérant qu’une place coûte environ 60 euros, le manque à gagner approche 10 millions d’euros. Les pertes, liées aux divers frais engagés, sont estimées à 1 million d’euros par des producteurs cités par BFMTV. Et aucune assurance ne peut être activée dans un pareil cas. C’est la raison pour laquelle plusieurs municipalités, plutôt que de rompre les contrats, ont mis la pression sur le chanteur pour qu’il le fasse à leur place. Sans cette épine dans le pied, ils se sont bousculés pour réagir. Frédéric Fauvet, le maire (PS) d’Amiens, qui avait depuis longtemps prévenu que le chanteur n’était « pas le bienvenu » alors qu’il était programmé deux soirs au Zénith, s’est félicité de cette décision, « au regard de la gravité des accusations portées à son encontre et du contexte judiciaire actuel ». « La parole des femmes compte, c’est ce que nous avons été nombreux à dire en tant que maires », a renchéri sur X Michaël Delafosse, maire (PS) de Montpellier. La tournée devait commencer le 2 octobre à Chartres, où le maire (divers droite), Ladislas Vergne, fut le premier à réclamer qu’elle soit annulée : « On a permis de mettre ce sujet au cœur du débat. En tant que maire, je suis aujourd’hui heureux. » À lire aussi : Affaire Patrick Bruel : nouvelle plainte pour tentative de viol, les maires de Chartres et Montpellier s’opposent à un concert Ladislas Vergne était particulièrement visé par l’avocate de Patrick Bruel, Mᵉ Fanny Colin, quand elle a dénoncé sur France Inter « des élus de la République [qui] se sont exprimés de manière indigne, comme des shérifs », avant de préciser que « cette renonciation à la tournée n’est pas un aveu ». Selon elle, Patrick Bruel s’interroge tout de même sur le comportement « qu’il a pu avoir avec les uns ou les autres, la manière dont il a pu manquer parfois peut-être d’attention envers les unes et les autres », tout en contestant « absolument, fermement » les accusations de viol et d’agressions sexuelles. Sa consœur Mᵉ Jade Dousselin, avocate de plusieurs plaignantes, a inversement fait part de son « grand soulagement », tout en dénonçant « des errements » de la justice. En dépit du « choix de l’apaisement », la pression n’est pas retombée au lendemain de l’annonce du chanteur. Alors que la comédienne Mimie Mathy est venue à son secours en estimant qu’il a été « plus harcelé que harceleur », la journée a surtout été marquée par la révélation, par RTL et Paris Match, du témoignage de la chanteuse et actrice Helena Noguerra, accusant Patrick Bruel de l’avoir agressée sexuellement dans les années 2000. Elle avait fait partie des huit femmes s’étant exprimées lors de la première enquête de Mediapart sur le sujet, en réclamant l’anonymat : « Parler à visage découvert a un prix que je ne suis pas prête à payer », avait-elle justifié. C’était son souhait de victime, mais il n’a pas été respecté. « J’ai demandé à la justice de rester anonyme, et elle m’a assuré que je le resterais, a déploré Helena Noguerra auprès de Mediapart après ces révélations. Je ne veux pas que des détails soient exposés. Je ne supporte pas. C’est un scandale que cela ait pu “fuiter”. » À lire aussi : Patrick Bruel : les maires de Paris, Lyon, Marseille, Brest et Nancy demandent l’annulation de sa tournée Musique Violences sexistes et sexuelles Patrick Bruel Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
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