Il était le plus haut responsable civil de l'armée des États-Unis. Dan Driscoll, 40 ans, vétéran de la guerre en Irak, a remis ce lundi 31 août sa démission à Donald Trump. Elle intervient dans un moment où l'armée américaine est fortement mobilisée au Moyen-Orient, en particulier en Iran. Sur le papier, aucune raison n'a été avancée. La porte-parole de la Maison-Blanche, Anna Kelly, a même distillé des éléments de langage élogieux, évoquant "un leadership impressionnant durant des opérations militaires historiques" et une "armée plus puissante que jamais grâce à son travail".Dan Driscoll paye, comme d'autres responsables avant lui, l'inimitié que lui voue Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense depuis janvier 2025. Le Washington Post rapporte que les deux hommes étaient en désaccord profond sur le limogeage de plusieurs généraux. Selon la même source, le secrétaire à la Défense estimait aussi que Dan Driscoll ne se comportait pas avec la déférence qu'il lui devait. Ancien militaire et présentateur vedette sur la chaîne conservatrice Fox News, Pete Hegseth a contraint au départ de nombreux cadres de l'armée avec qui il était en mauvais termes, sans jamais en préciser la raison.Dan Driscoll était l'un d'eux. Nommé en février 2025, il avait pour mission de moderniser l'armée, et s'est forgé la réputation de spécialiste des drones. Sous sa direction, l'armée de terre a changé son approche du champ de bataille, en utilisant moins de soldats au sol mais plus d'armes technologiques.Il a pris de l'envergure quand Donald Trump l'a chargé, en 2025, de participer aux négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Dan Driscoll avait rencontré à ce titre Volodymyr Zelensky, alors que ce type de mission diplomatique est rarement confiée à un responsable militaire. Sur le plan intérieur, il était à la manœuvre lors du déploiement de la Garde nationale décidé par Donald Trump dans plusieurs villes du pays.Départs en sérieIl n'a pas été épargné malgré sa proximité avec le vice-président J.D. Vance : les deux hommes sont amis depuis leur rencontre sur les bancs de la faculté de droit à l'université de Yale (Connecticut). Son départ ajoute de l'instabilité à une institution déjà fragilisée par celui de nombreux hauts gradés limogés ou contraints à la démission par Pete Hegseth.Au mois d'avril, le secrétaire à la Défense a renvoyé, avec l'accord du président, le secrétaire de la Marine, John Phelan. Au même moment, le général Randy George a été débarqué sans explications : depuis, l'armée de terre est sans chef d'état-major, une situation qui fait grincer des dents au Pentagone alors que des milliers de soldats américains sont déployés en Iran.Quelques semaines plus tôt, le général David Hodne, chef du Commandement, et le major-général William Greene avaient emprunté le même chemin. Ont aussi quitté l'armée le général James Mingus, alors chef d'état-major adjoint, et le général Christopher Donahue, commandant des forces terrestres en Europe. Tous étaient de sérieux prétendants pour diriger l'armée.Un successeur potentiel controverséToujours d'après le Washington Post, plusieurs proches de Pete Hegseth ont reconnu l'existence de potentiels conflits d'intérêts derrière ces départs à des postes hautement politiques. Au secrétariat de la Marine, Hung Cao, qui assure l'intérim, est un allié notoire de Hegseth. Sean Parnell, le porte-parole du secrétaire à la Défense, était pressenti de longue date pour remplacer Dan Driscoll au secrétariat de l'armée de terre si celui-ci venait à quitter son poste.Pete Hegseth a explicitement plaidé en sa faveur. Mais le processus n'est pas aisé. Hegseth lui-même n'a que peu de marge de manœuvre. En interne, personne n'a oublié qu'une partie des sénateurs républicains avait rejeté sa nomination, qui n'a été approuvée que grâce aux voix de J.D. Vance - une première pour ce poste.Quant à Sean Parnell, ancien officier en Afghanistan, il reste un personnage controversé, y compris au sein des Républicains. Le New York Times rappelle le licenciement brutal, il y a quelques semaines, de trois journalistes de Star and Stripes (un média financé par l'État mais indépendant) en représailles d'un article qui aurait déplu en haut lieu. Il est aussi à l'origine de la décision de restreindre l'accès des journalistes au Pentagone - une plainte a été déposée par le New York Times à ce sujet. Enfin, il s'était retiré des élections sénatoriales en 2021, après avoir été accusé par son épouse de violences conjugales. S'il est réputé proche de Donald Trump, sa nomination au poste laissé vacant par Dan Driscoll est loin d'être acquise.