Le choix des électeurs de la circonscription fédérale de Chicoutimi–Le Fjord, appelés aux urnes lundi, fera figure de baromètre de l’appui à la décision du premier ministre Mark Carney de rompre les négociations commerciales avec les États-Unis, analyse un politologue.« Faisons entendre notre voix d’ici, à Ottawa, au sud de la frontière et partout dans le monde », a scandé le candidat libéral Daniel Gobeil dans une vidéo mise en ligne dimanche.S’il devait être élu lundi, l’ancien président des Producteurs de lait du Québec pourrait remercier son chef, Mark Carney, pour sa conduite à la table de négociations avec le gouvernement américain de Donald Trump, croit le professeur de science politique Daniel Béland.« Cette élection sera un reflet de la popularité de Mark Carney et de la popularité de sa décision de suspendre les négociations avec les États-Unis », explique le directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.Un nouveau chapitre de la guerre commerciale avec les États-Unis a été écrit en pleine campagne pour le siège saguenéen, le 22 août dernier. Mark Carney a renoncé à une entente avec Washington qui, dit-il, aurait limité la capacité du pays à conclure des ententes commerciales avec d’autres pays et empêché la protection de la langue française sur le Web, notamment.Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, rejette quant à lui toute comparaison avec l’élection générale de 2025, lors de laquelle « l’angoisse compréhensible face à Donald Trump » a pu être utilisée pour sceller l’élection d’un nouveau gouvernement libéral à Ottawa.« Les principales mesures annoncées par le gouvernement Carney viennent du Bloc », a-t-il revendiqué, en parlant des mesures d’aide pour les entreprises dévoilées le même jour que la réplique tarifaire canadienne.Un signal pour les souverainistesPour l’emporter dans Chicoutimi–Le Fjord, le Bloc québécois mise sur Caroline Dubé, une ex-employée politique issue du milieu communautaire. Elle a déclaré vendredi vouloir devenir la première femme députée de l’endroit, et a présenté les libéraux fédéraux plutôt comme « des adversaires » de la langue française.Le quotidien américain New York Times a révélé la semaine dernière, sur la base de sources anonymes, qu’Ottawa était en fait disposé à faire des concessions à Washington pour amoindrir les effets de la Loi sur la diffusion en ligne, qui prévoit notamment la mise en valeur du contenu canadien et francophone sur le Web.Signe que ce scrutin revêt une importance particulière pour le Bloc, son chef a lâché, à la boutade, qu’il avait « passé davantage de temps au Saguenay Lac-St-Jean que chez [lui] » au cours de l’été.Les conséquences d’une défaite bloquiste pourraient se faire sentir même dans la campagne électorale pour l’élection générale québécoise en cours, calcule Daniel Béland.« Si les libéraux l’emportent, je pense que ça enverrait un message négatif au Parti québécois. Ça montrerait que l’enjeu commercial aux États-Unis fait mal au camp souverainiste. Si ça leur fait mal au Saguenay-Lac-St-Jean, ça pourrait leur faire mal ailleurs aussi. »Poilievre dans la balanceLe premier ministre Mark Carney a fixé à ce lundi, 31 août, la date du scrutin pour combler le siège vacant de Chicoutimi-Le-Fjord, occupé jusqu’en juillet par le député conservateur Richard Martel, qu’il a nommé au Sénat. Or, cette circonscription n’a rien d’un château fort conservateur, et les sondages dressent davantage l’esquisse d’un duel entre le Bloc et les libéraux.Depuis l’année 2000, les électeurs ont envoyé à Ottawa des députés libéraux lors de deux élections, un député bloquiste pour trois mandats, et un député du Nouveau Parti démocratique (NPD) lors de la vague orange de 2011. L’ex-entraîneur de hockey Richard Martel représentait l’endroit depuis 2018.Le chef conservateur Pierre Poilievre a choisi Régis Gaudreault, avocat et enseignant au cégep de Chicoutimi, pour tenter de conserver la circonscription. Il a présenté cet été la course comme une occasion « d’envoyer un message » à M. Carney concernant la hausse du coût de la vie, problème qu’il propose de régler en supprimant les taxes sur l’essence. Or, une défaite « pourrait alimenter encore davantage les discussions autour du leadership de Pierre Poilievre », anticipe le professeur Daniel Béland.Trois autres élections partielles fédérales doivent encore être organisées au Québec, dont celles visant à pourvoir le siège des députés Simon-Pierre Savard-Tremblay (Saint-Hyacinthe–Bagot–Acton) et Alexandre Boulerice (Rosemont–La Petite-Patrie), qui ont tous deux plongé dans la politique provinciale. L’ex-ministre Steven Guilbeault (Laurier–Sainte-Marie) a officiellement donné sa démission la semaine dernière.Les électeurs de Chicoutimi-Le-Fjord ont jusqu’à 21h30 pour aller voter lundi, tout comme ceux de deux autres circonscriptions sûres pour les libéraux : North Vancouver–Capilano, en Colombie-Britannique, et Beaches–East York, à Toronto. Contrairement à d’autres élections partielles récentes, aucune campagne de perturbation du vote par l’inscription massive de candidats n’a été organisée.