La tentative de putsch menée par des militaires à Niamey marque un tournant pour la junte nigérienne. Deux ans après son arrivée au pouvoir, le général Tiani doit désormais composer avec une contestation dans ses propres rangs.Des tirs nourris dans les rues de Niamey, au Niger. Dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août, les habitants de la capitale ont de nouveau été réveillés par des coups de feu échangés entre différents hommes en armes. Si la ville a déjà fait l’objet de trois attaques depuis le début de 2026, celle-ci n’est pas le fruit de groupes armés terroristes mais bien une tentative de putsch dirigée contre le général Abdourahamane Tiani.Alors que le camp loyaliste affirme avoir repris le contrôle à Niamey, la situation a résolument semé le trouble parmi les 28 millions de Nigériens. Car ce sont bien certaines franges des forces armées régulières qui ont tenté de déstabiliser le pouvoir en place. De fait, l’épisode marque un tournant dans un contexte politique et sécuritaire dégradé au niveau national.Des emprises stratégiques en ligne de mire« Les murs tremblaient, mes tympans bourdonnaient », « On a eu trop peur, ça tirait trop », rapportent à l’Agence France Presse des riverains de la capitale proches d’une zone de combat. Commencée dans le courant de la nuit, l’opération des mutins s’est concentrée autour d’emprises stratégiques. À proximité du palais présidentiel, les détonations ont retenti jusque tard dans la matinée avant de se resserrer autour de secteurs militaires. Le palais renferme notamment Mohamed Bazoum, dirigeant du Niger renversé par le général Tiani en 2023 et depuis lors maintenu en captivité.Autre lieu d’attaque puis de repli des mutins, la base aérienne 101 – attenante à l’aéroport international de Niamey – s’est imposée comme point de bascule de la tentative de putsch. Au terme de tractations et d’assauts répétés, l’enclave a fini par être reprise par les forces loyalistes, au premier rang desquelles la garde présidentielle.La prise pour cible de cette base ne doit rien au hasard. Celle-ci est en effet un élément clé du commandement unifié de la Confédération des États du Sahel (regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger). La base 101 est également connue pour abriter un contingent de mercenaires de la société militaire russe Africa Corps, partenaire privilégié de la confédération pour lutter contre la menace terroriste au Sahel. Selon une déclaration de l’ambassadeur russe au Niger, Viktor Voropaïev, les paramilitaires de Moscou auraient joué un rôle dans la reprise de l’enclave.En outre, le site est triplement sensible au regard des quelque 1000 tonnes de concentré d’uranium qui y sont stationnées. Si les autorités du Niger souhaitent procéder à la vente de ce stock, celui-ci fait l’objet d’un arbitrage international engagé par Orano. Le géant français qui a récemment été évincé du pays estime être détenteur de la précieuse production.Reprise de contrôle progressiveUne heure durant, la chaîne de télévision nationale nigérienne, Télé Sahel, a cessé d’émettre, plongeant les observateurs internationaux dans l’expectative. Revenu vers dix heures du matin, le signal s’est ensuite cantonné à la diffusion de programmes habituels, faisant abstraction des événements en cours. Face au danger venu de l’intérieur, le régime s’est dans un premier temps contenté d’appeler au calme via ses canaux officiels sur les réseaux sociaux.Plus tard dans la journée, le ministre de la Défense, Salifou Modi, a salué par voie de communiqué « la prompte réaction des forces de défense et de sécurité [ayant permis] de circonscrire ce mouvement d’humeur et de reprendre progressivement le contrôle de ces sites ».En fin de journée, une déclaration de la Confédération des États du Sahel a reconnu la « trahison » d’un « groupe de soldats » au Niger, saluant la loyauté des forces de sécurité nigériennes et mettant en garde les autres pays membres quant aux risques de déstabilisation. « En l’absence de résultats concrets en matière de lutte contre les groupes armés terroristes, chacun de ces pays est exposé à la menace de mutineries internes », décrypte un analyste basé en Afrique de l’Ouest.Une junte sous pression« Il y a au Niger une convergence exceptionnelle de mouvements insurgés contre le régime du général Tiani », poursuit cet interlocuteur. Fin juillet 2026, la Coordination des forces libres du Niger (CFLN), comptant une majorité de mouvements armés, promettait une opération imminente pour renverser la junte. La récente tentative de coup d’État renforce ainsi les oppositions internes qui prévalent au Niger.Cette pression de plus sur la junte d’Abdourahamane Tiani vient s’ajouter à un contexte sécuritaire fragile. En janvier et juin 2026, la base aérienne 101 de Niamey avait déjà essuyé deux attaques. L’une attribuée aux combattants de l’État islamique au Sahel, l’autre à ceux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). Au prix de nombreux morts et blessés, les autorités avaient alors repoussé les assaillants en quelques heures. Les événements de ce samedi sont d’une tout autre ampleur. Malgré la mise en déroute temporaire des mutins, le problème sécuritaire demeure, lui, loin d’être réglé. « Dans un Sahel en crise, au Niger comme au Mali, il n’y a plus qu’à redouter la prochaine poussée de fièvre », conclut ce même analyste.