LE TACLE DU LUNDI. Le club nordiste peut compter sur son président qui est un élève modèle dans sa gestion financière en France depuis plusieurs saisons.En seulement une semaine, le LOSC va récupérer près de 200 millions d’euros : la vente d’Ayyoub Bouaddi à Manchester City pour 100 millions d’euros a été officialisée, Matias Fernandez-Pardo va suivre à Newcastle pour environ 70 millions d’euros, tandis que le transfert de Carlos Baleba de Brighton à Manchester United va rapporter un bonus supplémentaire de 10 millions d’euros.Et, cadeau imprévu, l’élimination de l’OL en Ligue des champions va rapporter quelques millions d’euros supplémentaires, avec plus de revenus à se partager pour les clubs de Ligue 1.Plus de 300 millions d’euros de dettes à son arrivéeEn ces temps toujours troubles pour le football français et ses finances, le club nordiste fait figure d’exemple à suivre. Arrivé dans une situation très compliquée en décembre 2020, Olivier Létang a remis de l’ordre au Domaine de Luchin, siège bien connu du LOSC. Si les comptes sont aujourd’hui dans le vert, cela n’affecte pas pour autant le sportif, puisque Lille continue d’obtenir des résultats probants.Le LOSC a accroché une nouvelle qualification en Ligue des champions et démarre idéalement sa saison, désormais sous les ordres de Davide Ancelotti. Le fils de Carlo a notamment connu un match nul frustrant contre le PSG (2-2) au vu du scénario et des deux buts parisiens sur le fil.Mais avant de connaître une période aussi idyllique, le LOSC a bien failli disparaître. Quand Olivier Létang arrive au cours de la saison 2020-2021, les Lillois réalisent un exercice épatant sous Christophe Galtier, au terme duquel ils seront sacrés champions de France.Mais en coulisses, la situation est désastreuse : Gérard Lopez, président du club depuis 2017, fait vivre Lille au-dessus de ses moyens. Au total, les Dogues comptent plus de 300 millions d’euros de dettes, et le championnat remporté ne va pas pouvoir masquer l’ampleur du désastre.Malgré la catastrophe financière provoquée, Gérard Lopez a récupéré les Girondins de Bordeaux à l’été 2021. Cinq ans après, la trajectoire des deux clubs démontre la gestion exemplaire de l’un et le fiasco de l’autre : Lille s’apprête à affronter le Bayern et Arsenal en Ligue des champions tandis que les Girondins ne savent toujours pas dans quel championnat ils joueront cette saison, et risquent toujours la liquidation judiciaire. Pourtant, Olivier Létang n’a pas manqué d’avertir les instances du football français et les élus de la métropole bordelaise.Du mercato oui, de la surenchère nonAncien joueur professionnel passé par Le Mans et surtout Reims, le Sarthois n’a pas hésité à cumuler une carrière de joueur avec celle de dirigeant. Promu directeur administratif et financier du club rémois en 2000, à seulement 28 ans, Olivier Létang se fait surtout connaître du grand public en 2012 lorsqu’il rejoint l’organigramme d’un Paris Saint-Germain fraîchement racheté par QSI en tant que directeur sportif.« Pour lui, l’institution compte plus que le reste. Je sais que beaucoup le critiquent en disant qu’il a les dents longues, mais je pense aussi que c’est parce qu’il est brillant », expliquait ainsi un salarié du club de la capitale au Parisien. Passé également à Rennes, cette fois-ci en tant que président, il remporte en 2019 la Coupe de France avec le club breton. Le premier titre du SRFC depuis 48 ans.Avec ses équipes à Lille, Olivier Létang se charge d’assainir les finances. Dans un documentaire produit par la L1, on voit le président nordiste négocier à l’euro près les indemnités de transfert et les salaires. « Je pense qu’il est mieux d’arrêter toute discussion. On ne devrait pas coopérer. Merci, bonne continuation, mais je ne travaille pas ainsi », explique-t-il ainsi à Martin Braithwaite, piste rapidement écartée du mercato.Pas question d’aller dans la surenchère avec les agents et les intermédiaires, même si la piste est belle sur le papier. Il ressort des comptes des clubs publiés par la DNCG que le LOSC est bénéficiaire depuis désormais quatre saisons. Et pour le dernier exercice publié, en 2024-2025, un bénéfice record de plus de 81 millions d’euros a été enregistré pour Merlyn Partners, le fonds d’investissement arrivé en même temps que Létang en décembre 2020.« Pas dans le monde des bisounours »Les recrutements sont peu onéreux, avec un montant maximal de 15 millions d’euros pour Hakon Haraldsson à l’été 2023, les joueurs libres sont parfaitement ciblés et les départs se font au prix fort, à l’image de Leny Yoro, cédé pour 60 millions d’euros à Manchester United alors qu’il ne lui restait plus qu’un an de contrat. Enfin, la formation redevient un enjeu prioritaire : Ayyoub Bouaddi est devenu la vente la plus chère de l’histoire de la Ligue 1 cet été.Même si ses coups de sang contre l’arbitrage le mettent souvent dans l’embarras, le dirigeant de 53 ans assume sa personnalité. « Je suis entrepreneur, pas diplomate. Nous ne sommes pas dans le monde des bisounours et on ne passe pas de la 109e place à la 26e place au classement UEFA sans être très, très exigeant », expliquait-il à L’Équipe en décembre dernier.Alors que l’OM n’a toujours pas enregistré de recrue et que l’OL et Monaco sont obligés de vendre, le modèle lillois a de quoi faire des envieux. Même si certains supporteurs espèrent toujours davantage de recrues et de sommes investies, la prudence d’Olivier Létang a permis au LOSC d’avoir un avenir pérenne. Et dans le football français actuel, tout le monde désirerait avoir autant de stabilité sur le long terme.