Avait-on déjà aperçu, depuis les palaces du front de mer de Deauville, une bande de jeunes filles se jeter à l'eau en ponchos vert fluo ? Qu'importe la pluie, le vent et les apparences, Bintou, Kenza, Selma et Tasnime dévalent la plage et entrent dans la lessiveuse. "C'est comme un tsunami", jubile Kenza, 9 ans. "Ça me fait penser à une mer de luxe, parce que c'est magnifique avec les vagues."En ce mercredi 19 août, après des semaines de ciel bleu, la Manche a viré au gris métallisé. Elle tient à distance les touristes en goguette, mais agit comme un aimant sur les enfants avides de grand bain. Happées par l'appel de la mer, Kenza et ses amies n'ont pas remarqué l'évacuation en cours de la zone de baignade, ni entendu l'annonce des sauveteurs. Les activités nautiques viennent d'être interdites jusqu'à nouvel ordre, sur décision de la mairie : "Les fortes pluies annoncées ce jour sont susceptibles d'entraîner (...) un dépassement des normes bactériologiques".
Il est 12h30, des cars continuent de déverser des enfants sur la plage et cette journée des oubliés des vacances (JOV) s'apprête à entrer dans la légende. Depuis près d'un demi-siècle, le Secours populaire français convie des jeunes défavorisés à savourer, pour quelques heures, le doux parfum d'une escapade estivale. Cette année, alors qu'un mineur sur trois demeure privé de vacances, une trentaine de sorties ont été organisées à travers le pays. Pour la plus grande, regroupant 3 500 enfants d'Ile-de-France et leurs 1 500 accompagnateurs bénévoles, l'association a misé sur Deauville, la station balnéaire la plus cossue du Calvados. Mais les éléments vont, à leur manière, venir rappeler que chaque enfant mérite mieux qu'une unique journée à la plage.Le rendez-vous avait été fixé à 6 heures. Mais il est déjà 7h30 quand le car de la délégation de L'Ile-Saint-Denis et de Saint-Ouen, retardé par des travaux de voirie, met enfin le cap sur la Normandie. Dans l'indifférence générale, l'autoradio se met à cracher un vieux tube de David et Jonathan. "Est-ce que tu viens pour les vacances ? (...) Je serai, je pense / un peu en avance / au rendez-vous de nos promesses." Pour l'avance, c'est raté. Pourvu que la journée soit à la hauteur.Sur l'A13, les jeunes passagers déballent leur excitation. "On va voir des corcodiles", s'emmêle Mehdi, boute-en-train de 12 ans, qui vante les plages de sa Tunisie natale. De leur côté, Chan et Anjali mettent un coup de pression au soleil. "Nous, on veut bronzer", préviennent les deux cousines d'origine cambodgienne. D'autres espèrent lancer une collection de coquillages ou se faire de nouveaux copains, selon la pêche du jour.








