Séries Le meilleur comme le pire peuvent advenir dans la saison 2 de la série SF d’Apple TV. Pour son créateur, Blake Crouch, les mondes qu’il imagine sont proches du nôtre et des technologies qui nous aident. Ou nous menacent. Oakes Fegley, Jennifer Connelly et Joel Edgerton Photo Sandy Morris/Apple TV Par Pierre Langlais Publié le 28 août 2026 à 12h30 C’est une imposante boîte noire percée d’une lourde porte. Celles et ceux qui s’aventurent dans cette machine fantastique, portée par une technologie futuriste, y découvrent d’interminables couloirs où s’alignent d’autres portes vers une infinité de réalités parallèles. Ouvrez-en une en colère, vous serez projeté dans un monde apocalyptique. Allez-y le cœur léger, un havre de paix apparaîtra. Dark Matter met en scène les voyages du physicien Jason Dessen (Joel Edgerton) et de sa femme Daniela (Jennifer Connelly) vers ces univers où leur vie a bifurqué. Alors que sa deuxième saison débute sur Apple TV ce vendredi 28 août, analyse de cette série très philosophique avec son créateur, Blake Crouch. L’objet du mystère « On ne peut imaginer un objet comme la boîte de Dark Matter sans penser aux monolithes de 2001, l’Odyssée de l’espace. Il y a quelques années, au fin fond de l’Utah, un ranger est tombé sur un monolithe semblable à ceux du film de Kubrick. On n’a jamais su qui l’avait posé là — sans doute un artiste — mais ça n’a pas empêché les curieux de venir en nombre contempler cette vertigineuse énigme. Comme ces monolithes, notre boîte est une intruse. Elle apparaît subitement et demeure, entité contre nature plantée au milieu de la civilisation, mystère matérialisé. » D’autres possibles « Dark Matter est une série sur la juxtaposition des possibles. Elle dit à la fois qu’il faut accepter son destin, chercher le bonheur malgré les imperfections, justement parce que c’est là qu’il se trouve… et qu’il n’est jamais trop tard pour se réinventer, ouvrir une nouvelle porte. Hollywood est agité en ce moment par une irrépressible envie de visiter des mondes parallèles, jusque dans les blockbusters Marvel avec le multivers. Sans doute parce qu’on a l’impression que notre réalité est la pire possible, qu’il y en a d’autres moins rances ailleurs. La différence de Dark Matter, c’est qu’elle fait avant tout de ces voyages une quête intime. » La physique est une science humaine « On a tendance à séparer les sciences dites “dures” des sciences humaines. Pour moi, physique et philo sont liées. Nous autres auteurs de science-fiction nous laissons souvent emporter par les univers que nous imaginons, au détriment de l’humanité de nos histoires — la preuve, sans doute, de notre difficulté à nous connecter à nos émotions. Il y a bien dans Dark Matter des paysages fantastiques découverts grâce à une machine qui repose sur le principe d’intrication quantique, mais ils apparaissent au gré des sentiments des personnages. C’est une façon de rappeler qu’une impulsion humaine, même anodine, peut changer notre monde en profondeur. » Le progrès et ses limites « Il m’est récemment venu à l’esprit que la boîte de Dark Matter est un peu comme l’IA : c’est une technologie qui peut nous être utile ou nous détruire, en fonction de ce qu’on en fait. La fonction première de cette machine fantastique est de trouver des réalités parallèles où il existe des solutions aux problèmes insolubles de la nôtre. C’est une utopie. Mais comme la plupart des inventions révolutionnaires, elle risque d’être corrompue par l’argent et le pouvoir. Pour autant, je ne suis pas un pessimiste. Je pense que jusqu’ici le progrès a rendu nos vies meilleures — même si, en ce moment, on a très envie de retourner dans les années 1990. J’espère que les technologies nous apporteront d’ici trente ou cinquante ans un moyen de sortir de l’ornière où nous nous trouvons. » À lire aussi : L’IA générative va-t-elle réécrire l’Histoire ? Séries Apple TV Plateformes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner