Pour notre chroniqueur Christian Petit, ex-directeur général de Romande Energie, le refus des élites libérales de voir la Suisse mener une politique industrielle n’est plus tenable. Le monde à venir ne sera pas tendre pour les pays qui ne croient qu'aux vertus du libre marché, notamment dans des secteurs critiques comme le numérique et l'énergie.
Le 20 août dernier, la grand-messe romande qui réunit chaque année à la Chambre vaudoise de commerce et d’industrie (CVCI) patrons et politiques s'est tenue à Lausanne. Deux débats étaient au programme. Le premier me faisait saliver d'avance: on allait enfin parler de «politique industrielle» – une expression si rare en Suisse qu'elle passerait presque pour un gros mot outre-Sarine. Le titre du débat? «Stratégie industrielle: la Suisse peut-elle rester compétitive sans stratégie claire?»La question a été tranchée avant même d'être posée. Le président de la CVCI, François Pugliese, a lancé le débat en répondant... non. Mais il a eu la bonne idée, et le mérite, de forger au passage un oxymore aussi révélateur que malin: «oui à une politique industrielle... libérale». Une formule qui, à elle seule, résume toute la tension de notre rapport suisse à l'État.Le débat qui a suivi réunissait Isabelle Moret, conseillère d'État en charge notamment de l'économie et de l'innovation, Diego Taboada, directeur romand d'Avenir Suisse, et Jean-Philippe Bonardi, tout nouveau doyen d’HEC.






