Pour leur fille Lucie, atteinte de trisomie 21, Cécile Arnoult et Philippe Le Squéren ont rêvé d'un tiers-lieu où elle pourrait s'épanouir socialement, notamment sur le plan culturel avec des outils adaptés. Il est désormais ouvert et tous les parcours peuvent s'y croiser.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 28/08/2026 06:00

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À l'image de la rue, avec son large trottoir, un lumineux espace trône au 24 avenue de la Porte de Clichy dans le XVIIe arrondissement de Paris depuis le printemps dernier. Kiléma Le Lieu est un tiers-lieu culturel, inclusif et inédit, dédié aux personnes souffrant d'un handicap intellectuel et qui s'organise autour d'une librairie où ils peuvent dénicher des ouvrages adaptés, notamment ceux en Falc (Facile à lire et à comprendre) de Kiléma éditions. La grande hauteur sous plafond et une surface qui s'étire en longueur sur 250 m2, confèrent à Kiléma Le Lieu des volumes qui font souffler comme un vent de liberté. Sa vocation paraît s'imprimer dans les murs : "offrir un lieu de culture, un lieu de travail, un lieu de vie sociale aux personnes déficientes intellectuelles et à tous", dixit Cécile Arnoult dont c'est l'œuvre.Avec son mari Philippe Le Squéren, ils sont parents d'une Lucie atteinte de trisomie 21 pour laquelle ils ont imaginé cet espace inclusif. Au cours de la journée, on vient donc acheter des livres, se poser pour boire un café ou profiter d'un moment de convivialité, travailler, participer à un atelier culturel, à une activité ou à un échange qui peut aussi se dérouler au niveau inférieur qui est privatisable. Certains viennent se restaurer à midi. Dans l'après-midi, une mère vient faire les devoirs avec sa fille et lui offre un goûter proposé au bar. Plus loin, un comptable qui habite le quartier, travaille sur son ordinateur dans cette surface modulable qui peut servir à la restauration. Plus tôt, des parents d'enfants en situation de handicap ont fait leurs réserves d'ouvrages, avant de déjeuner et proposer leurs services comme futurs bénévoles.Dans Paris, "des lieux comme le nôtre, il n’y en pas du tout", note la maman de Lucie. "Il n’y a pas de lieu de culture totalement inclusif. C’est l’aboutissement de cinq ans de travail", explique Cécile Arnoult qui a porté le projet. "Kiléma Le Lieu, c'est 18m de façade. C’est un lieu pour voir le monde extérieur. Les personnes en situation de handicap voient le monde extérieur et sont vues. Voir et être vu. Kiléma Le Lieu est une énorme vitrine où on mélange tout le monde."Bientôt sa fille Lucie et ses camarades de classe viendront s'exercer à de nouveaux métiers, entre le café, la librairie et "l'espace d’échange, de travail et de formation dédié à l’inclusion, aux pratiques éducatives et à l’accompagnement des professionnels de l’éducation et du médico-social". "Ma fille a 20 ans, poursuit Cécile Arnoult. L’année prochaine est sa dernière année scolarisée. A partir de septembre prochain, je vais organiser avec son école un programme de professionnalisation. Dans ce cadre, on va accueillir ici des jeunes, des stagiaires à qui l'on va apprendre des métiers ou différentes tâches comme la réception du livre, spécifique à la librairie, ou l'accueil du public qui est transversal."Mathis, 17 ans, a déjà profité de cette démarche. Il est venu faire à Kiléma Le Lieu un stage de trois semaines achevé en juin dernier. En bac pro MRC (métiers de la relation clients), il a aidé à la librairie et à la cuisine du bar. "J'ai des problèmes avec ma main. Quand j'écris, je me fatigue vite", explique-t-il. Quand on lui demande quels sont les maux dont il souffre, il parle "de dyslexie et de TSA [troubles du spectre de l'autisme]". "Quand on m’a dit de faire un stage dans une librairie, je me suis dit que ça allait être nul. Et finalement, j’ai beaucoup aimé. Quand je suis avec mon tuteur, à la libraire, ou en cuisine, j’apprends beaucoup de choses", confie-t-il à propos de son stage. Et à la librairie, il a découvert "pas mal de livres", lui qui "n’aime pas lire". Désormais, il aime "un peu plus maintenant" les ouvrages, notamment ceux sur le sport qu'il y a trouvés.Le tiers-lieu est un endroit où l'on apprend et où l'on travaille aussi, comme Laura qui est relectrice Falc chez Kiléma Editions, installée sur le site. "Pour ma fille Lucie, à l’issue de son année scolaire, ce sera son lieu, confie Cécile Arnoult. On a créé Kiléma Le Lieu pour elle. Elle aura un endroit où elle pourra travailler, où elle pourra boire des verres et rencontrer ses amis. Elle aura un endroit où elle pourra acheter des livres, se cultiver à travers différentes activités initiées par les gens. On offre un espace et les gens se l'approprient, que ce soient des associations qui proposent des activités pour les personnes en situation de handicap, ou les personnes en situation de handicap elles-mêmes qui recherchent quelque chose et qui se disent que l'endroit où on peut le faire, c'est ici."Morgane, 25 ans, qui souffre de troubles cognitifs, est de celle-là. En cherchant "un lieu dédié à l’inclusion", elle avait repéré Kiléma Le Lieu avant même son ouverture. Et c'est le premier endroit à Paris qui correspond à ses attentes. "J’ai trouvé un moment pour découvrir ce lieu. C’est pratique, ce n’est pas très loin de chez moi". Ses atouts : "le fait qu’il y ait une librairie, que le lieu soit accessible aux personnes en situation de handicap et qu’il y ait des ateliers". Comme l'atelier céramique qu'elle a raté de peu parce qu'il s'est tenu la veille de son passage.La jeune femme, qui bénéficie d'une allocation adulte handicapée, cherche aussi du travail avec son bac pro gestion administrative obtenu en 2022. "Quand on est en situation de handicap, travailler dans une entreprise, c’est compliqué. On n’est pas assez accompagné". Morgane ne s'est pas sentie "accueillie" lors de son expérience précédente. "Je me suis sentie mise à l’écart. En même temps, les gens travaillent et n’ont pas toujours le temps de s’occuper d’une personne en situation de handicap. Mais c’est vrai que cela m’a un peu gênée et démotivée".