La célèbre plasticienne japonaise Yayoi Kusama (1929-2026) s'est éteinte le 14 août dernier à 97 ans, laissant une œuvre prolifique en pois multicolores tirés de ses hallucinations.Le résuméPartie du Japon pour New York, Yayoi Kusama s’impose avec ses "Infinity Nets" et ses happenings.Ses hallucinations nourrissent un univers de pois, phallus, tentacules, citrouilles et miroirs.Star mondiale et artiste vivante la plus chère, elle n’a jamais cessé de créer malgré ses troubles psychiques.On en a fait les frais en mai dernier. Même avec une carte de presse, impossible d'entrer sans réserver dans l'exposition Yayoi Kusama qu'organisait le musée Ludwig de Cologne jusqu'au 2 août, 12 jours avant le décès de l'artiste japonaise à Tokyo.La nouvelle n'a été révélée par sa société que ce jeudi 27 août, affligeant son immense communauté de fans, jusqu'à Tim Cook, le patron d'Apple, qui saluait sur X "la véritable visionnaire qui nous a montré le pouvoir d'une imagination sans limites." Son installation "Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally Cover the Universe" était exposée jusqu'au 2 août 2026 au musée Ludwig, à Cologne. ©AFPIl faut dire que l'œuvre prolifique de la "Reine du pois", souvent rattachée au pop art depuis les années 1960, séduit d'emblée par l'accumulation et la répétition sans fin de ces filets et points multicolores qui couvrent ses toiles et ses sculptures en forme de phallus, de tentacules ou de citrouille. Jusqu'à son propre corps, dans une action qu'elle a elle-même décrite comme un "auto-anéantissement". Elle en aurait même recouvert la planète entière pour faire taire ces angoisses et ces hallucinations qui la taraudaient depuis son enfance, lorsqu'elle s'était mise à entendre les plantes lui parler et à voir les fleurs des nappes s'envoler et tapisser les murs de sa maison de Matsumoto, près de Nagano.Yayoi Kusama devant son œuvre "Love is calling us" (2013). Collection de l'Almaty Museum of Arts. Warhol accusé de plagiatSa radicalité obsessionnelle fait davantage penser à l'art brut et a éberlué l'avant-garde new-yorkaise, qu'elle a rejointe en 1958 après un échange épistolaire, entamé en 1955, avec la peintre Georgia O'Keeffe. Et la Japonaise de trancher avec l'action painting de Pollock, à la mode à l'époque, devant un jeune Warhol éberlué, qu'elle a ensuite accusé d'avoir plagié son principe de répétition. Durant 16 ans, elle est de tous les excès psychédéliques avec ses "love happenings" antimilitaristes à Central Park ou à Wall Street. Elle offre même son corps à Nixon pour faire cesser la guerre du Vietnam!Yayoi Kusama a réalisé de nombreuses sculptures en forme de citrouilles, comme cette "Pumpkin" exposée chez Christie's, à New York, en novembre 2024. ©AFPEn 1973, Yayoi Kusama rentre au Japon en proie à une grave dépression et, en 1977, choisit de vivre dans un hôpital psychiatrique de Tokyo près duquel elle ouvre son atelier. Elle réapparaît dans les années 1990 et devient la femme artiste vivante la plus chère du marché de l'art. En 2014, son monochrome "White n°28" atteint 7,1 millions de dollars chez Christie's, deux ans après que Louis Vuitton lui a rendu hommage à travers la collection Dots Infinity.Avec sa perruque rouge et son rictus figé qui semblaient faits pour l'algorithme des réseaux sociaux, elle aurait pu créer encore longtemps, si la mort n'était venue mettre un point final à ses tourments.Yayoi Kusama: les dates clés1929 – Naissance à Matsumoto, au Japon.1955 – Elle écrit à Georgia O’Keeffe, qui l’encourage à partir aux États-Unis.1957-1958 – Yayoi Kusama quitte le Japon et s’installe à New York, où elle impose ses peintures de la série "Infinity Nets".1965 – Elle crée sa première Infinity Mirror Room, "Phalli’s Field", et multiplie les happenings antimilitaristes.1973-1977 – De retour au Japon, elle choisit de vivre dans un hôpital psychiatrique de Tokyo, tout en travaillant dans un atelier voisin.1993 – Elle représente le Japon à la Biennale de Venise. Sa carrière internationale connaît un nouvel élan.2014 – "White No. 28" est vendu 7,1 millions de dollars chez Christie’s, un record pour une artiste femme vivante.2017 – Le Yayoi Kusama Museum ouvre à Tokyo.2026 – Yayoi Kusama meurt le 14 août, à Tokyo, à l’âge de 97 ans.Yayoi Kusama, une femme de pois - Culture Prime