Monde Asie - PacifiqueRevue de presse. L'Arabie saoudite a reçu le feu vert de Paris pour construire trois parcs d'attractions en France. Si les chefs d'Etat n'hésitent pas à médiatiser une "passion commune", la visite a aussi été l'occasion d'aborder des sujets plus traditionnels.articleLecture 5 MinPublié le 25/08/2026 à 19:45Le président français Emmanuel Macron accueille le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à son arrivée pour un dîner officiel à l'Élysée, à Paris, en France, le 24 août 2026.REUTERSEmmanuel Macron et son homologue saoudien, Mohammed ben Salmane - surnommé MBS - se sont accordés, lundi 24 août, sur la construction de trois parcs d’attractions. L’un d’entre eux, consacré au manga Dragon Ball Z, s’érigera bientôt à proximité de Cergy-Pontoise. Une poignée de main dont la portée est bien plus vaste que l'univers du divertissement. Dans la presse étrangère, nombre de journalistes semblent en tirer la même interprétation : un coup politique bienvenu pour Paris, une nécessité de résultats pour Riyad, et une diplomatie qui dépasse largement les manèges.Une aubaine politique Pour le titre émirati, The National, l'annonce tombe à pic. Le quotidien estime que la nouvelle "devrait être bien accueillie en France", alors que le pays s’apprête à entrer en campagne présidentielle. De quoi permettre à Emmanuel Macron - qui ne pourra pas se représenter - d’imposer un héritage économique mélioratif, grâce à la création de 22 000 emplois et 6 milliards d'euros d'investissements saoudiens sur plusieurs années. De quoi soulager le chef de l’Etat alors que les débats électoraux sont dominés par les questions de dette publique et de pouvoir d'achat. D’autant plus que son exécutif devra encore se confronter à une dernière épreuve du feu à la rentrée : faire adopter son budget. De son côté, l’Américain Bloomberg nuance l’effet de surprise de cette annonce franco-saoudienne. Citant Valérie Pécresse, la présidente d’Île-de-France, le titre rappelle que les équipes de la Région travaillaient sur le projet depuis 18 mois déjà. Une réussite indispensable après les échecs saoudiensDe l’autre côté des Pyrénées, l’espagnol El Economista voit dans l’inauguration de ce chantier un défi lancé par Riyad au géant du divertissement américain. À quelques kilomètres du château de Disneyland Paris, s’installera bientôt "un rival" venu "d’Asie". Et le quotidien économique de replacer l'annonce dans le contexte des récents échecs du dirigeant saoudien dans le secteur du BTP. Jugeant que "le prince doit impérativement afficher des succès après avoir annulé la quasi-totalité des projets les plus extravagants de NEOM, notamment ses plans de villes futuristes". D’autant plus que Mohammed ben Salmane a été contraint de renoncer à ses ambitions pour cause de coûts jugés "exorbitants".Une analyse que rejoint la BBC, en rappelant que "l’Arabie saoudite cherche à diversifier son économie afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des recettes pétrolières, notamment en investissant dans le secteur des loisirs et du divertissement".La diplomatie du manège Mais, au-delà des manèges, Mohammed ben Salmane s’est aussi déplacé pour aborder des sujets moins féeriques. Le média qatari Al-Jazeera insiste sur le volet sécuritaire de la visite saoudienne, largement éclipsé par la communication autour du parc d’attractions. Une lettre d'intention a été signée pour renforcer la coopération en matière de cybersécurité et de formation militaire. "Cette visite marque le troisième déplacement officiel de MBS en France et intervient alors que l'Arabie saoudite cherche à étendre ses relations en matière de sécurité au-delà de ses partenariats traditionnels. Il s'agissait également du premier déplacement à l'étranger du prince héritier saoudien depuis la signature, au début du mois, de l'accord trilatéral de défense conjoint de La Mecque avec la Turquie et le Pakistan", analyse ainsi le journaliste. Quant au gouvernement français, Al-Jazeera estime qu'il ambitionne de "s'assurer qu'il continue à jouer un rôle et à collaborer avec l'Arabie saoudite en matière de défense."En plus de l’aspect commercial et géopolitique, la presse étrangère ne manque pas de relever la genèse très personnelle du projet franco-saoudien qui sert le storytelling des deux dirigeants. The National cite un conseiller de l'Elysée évoquant une discussion "au domicile du prince héritier" en décembre 2024, où les deux dirigeants ont découvert leur passion commune pour Dragon Ball Z. La BBC rappelle qu'Emmanuel Macron, "connu pour être un fan de mangas", avait précédemment "conclu une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi en reproduisant un geste de la main tiré de la série Dragon Ball". Quant à l'Espagnol, El Economista, lui, souligne la dimension générationnelle de cette complicité : les deux hommes ont grandi à la fin des années 1980 et au début des années 1990, quand Dragon Ball devenait "un phénomène culturel majeur".