Nouvelle offensive américaine contre l'Iran. Elle se nomme l'opération "economic outcast" et a été annoncée par le secrétaire au Trésor des Etats-Unis, Scott Bessent, dans la soirée du lundi 24 août au cours d'une conférence de presse. Le but - nullement caché - de cette campagne : isoler encore davantage l'Iran. La semaine passée, le responsable politique avait déjà donné des indices sur les mesures à venir, précisant que la politique viserait l'"effondrement du régime [NDLR : iranien]".Au-delà de l'ennemi iranien avec lequel a débuté une guerre en février dernier, Scott Bessent a aussi menacé tous ceux qui ne s'aligneront pas avec la décision américaine. "Qu'il n'y ait pas d'ambiguïté quant à la position des Etats-Unis : tout engagement économique avec ce régime meurtrier, de toutes les natures, exposera les responsables à la pleine portée de la puissance américaine." À bon entendeur.Patience limitée Les équipes du Département du Trésor ont "cartographié chaque nœud, chaque facilitateur et chaque réseau que l’Iran a utilisé pour faire passer clandestinement du pétrole et échapper aux sanctions". Ce sont plus de 60 entités, individus et navires, un peu partout dans le monde, identifiées comme une aide au régime dans le cadre de la technologie nucléaire, de missiles ou dans l'économie du pétrole, qui seraient visés par des sanctions américaines.Dans un deuxième temps, des punitions pourraient aussi s'abattre sur des institutions de l'un de ces cinq secteurs : les actifs numériques, la technologie, l'or, l'aviation et le transport maritime. Lors de sa prise de parole, le sexagénaire, arrivé au Département du Trésor cette année même, a donné un avant-goût des risques encourus par ceux qui ne suivraient pas ses conseils. Hors de l'Iran, des succursales de la plus grande banque publique iranienne, Bank Melli, notamment implantée à Paris, pourraient fermer leurs portes. D'autres décisions prises par l'administration Trump devraient arriver au compte-gouttes au cours de la semaine. Parmi elles, une sanction contre une institution financière pour limiter les liaisons aériennes et maritimes, empêcher l'échange de monnaies matérielles ou électroniques avec le régime des mollahs. Si Scott Bessent n'a pas donné davantage de délai avant de sévir, il a toutefois précisé : "nous n'avons pas une patience infinie."L'enjeu chinoisParmi les alliés de l'Iran, les Emirats arabes unis auraient déjà craqué. Lors de sa prise de parole, Scott Bessent a affirmé avoir déjà pris contact avec leur président, Mohamed ben Zayed Al Nahyan, qui lui aurait confirmé mettre fin à ses relations commerciales, entretenues depuis des décennies, avec l'Iran.Autre allié de taille pour le régime des mollahs : la Chine. Grand concurrent économique historique des Etats-Unis, les deux pays s'étaient pourtant réconciliés, en mai dernier, lorsque Donald Trump s'était rendu à Pékin. Son homologue Xi Jinping est d'ailleurs attendu pour la visite retour le mois prochain à la Maison-Blanche. À moins qu'elle non plus ne soit pas épargnée par les sanctions américaines... À la question posée par un journaliste, Scott Bessent a tranché : "personne n’est au-dessus de la portée des sanctions américaines". En effet, le pays asiatique est l'acheteur de 90 % du pétrole iranien exporté à l'étranger. Si actuellement, le blocus naval des Etats-Unis bloque les échanges matériels entre les deux alliés, de nombreuses et puissantes banques chinoises sont implantées dans le pays. Elles sont appelées "théières" et permettent de maintenir des échanges financiers, analyse Matt Swinehart, un ancien responsable du Trésor, dans le journal américain The Washington Post. Pour lui, la question de l'échec ou de la réussite de l'opération "economic outcast" dépend de "s'ils sont prêts à franchir la ligne rouge de la trêve commerciale chinoise. Si ce n'est pas le cas, cela ne va pas réussir".Toutefois, l'étau déjà instauré par les Etats-Unis contre l'Iran a déjà de lourdes conséquences. Le rial et le toman, les deux monnaies iraniennes, ont chuté à des niveaux records. Selon Reuters, il faut actuellement 2 millions de rials pour un dollar américain. Sur Truth Social, le président des Etats-Unis a commenté la situation ce lundi : l’Iran "s’effondre complètement". Une partie du pouvoir iranien plaide d'ailleurs ouvertement pour la désescalade afin de soulager la pression qui pèse sur la population. Un passage en force désespéré ?De son côté, l'Iran se veut optimiste et prédit que ses partenaires commerciaux ne plieront pas face aux menaces américaines. Appuyée, la nouvelle pression économique américaine contre Téhéran n'est toutefois pas vraiment inédite. Depuis 1979 et la prise d'otages de diplomates américains, des sanctions économiques américaines existent contre l'Iran. Au cours de son premier mandat (de 2017 à 2021), le chef de la Maison-Blanche avait déjà lancé l'opération "pression maximale" contre la République islamique. De retour à la tête de l'Etat en 2025, Donald Trump avait réitéré avec, cette fois-ci, l'opération "Epic Fury" avec pour objectif d'empêcher les avancées iraniennes dans la quête du programme nucléaire.Sur les réseaux sociaux, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a ironisé : "Vous dites (...) que 100 % des usines militaires ont été détruites, et que le programme nucléaire a été enterré. Pourtant, pour le même Iran, [vous menez, ndlr] la plus grande offensive financière de l’histoire et la mobilisation de toutes les agences et autorités américaines est devenue nécessaire ! Est-ce une victoire ou un aveu de défaite américaine ?" L'Iran fait valoir son principal argument : le blocage du détroit d'Ormuz. Ce week-end, Mohsen Rezaei, le chef du conseil de sécurité nationale iranien, a promis qu'il n'y aurait "pas une seule goutte de pétrole" exportée dans le golfe persique si la "guerre économique [menée par les Etats-Unis, ndlr] continue".