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ReportageA Freetown, les précipitations et les marées transforment les quartiers proches de l’océan en vastes zones inondables. Faute d’équipements, des dizaines de milliers d’habitants vivent dangereusement au rythme des crues.

Dans la pièce exiguë où il vit, Joseph Amara a les pieds dans l’eau. Toutes les heures, inlassablement, il écope à l’aide d’une bassine en plastique la pluie qui pénètre par le toit en tôle et inonde le taudis. Le 10 juillet, au cœur de la saison des moussons, la cadence devient parfois impossible à tenir, surtout lorsque l’océan Atlantique, juste en face, s’infiltre lui aussi. L’homme de 38 ans a encore subi une violente inondation il y a trois mois, en mai, durant laquelle il a perdu sa télévision et un réfrigérateur pourtant soigneusement surélevé sur une palette en bois. Ce jour-là, la mer est montée trop haut, jusqu’à 50 mètres derrière chez lui – la faute à une combinaison de fort coefficient de marée et de violentes averses.

Habitant de Kroo Bay, un bidonville en ferraille rouillée s’étalant jusqu’à l’océan en contrebas de la ville de Freetown, elle-même perchée sur une colline, Joseph Amara a dû évacuer sa femme et ses trois enfants dès le début de la saison des pluies. Celle-ci court de mai à octobre chaque année, avec des précipitations torrentielles observées en juillet et en août. « Ils ne peuvent pas rester à la maison à cette période, c’est trop dangereux. On est encerclés par la mer qui monte et par des torrents de pluies et d’eaux usées qui descendent de la capitale pour se déverser sur nous », résume, dépité, le père de famille.