Ed, la soixantaine, est facteur à New York depuis presque quarante ans. Célibataire, il passe la plupart de ses soirées dans un bar du quartier fréquenté par une poignée de vieux habitués. Mais voici qu’en rentrant chez lui, Ed aperçoit, de l’autre côté de la rue, un jeune homme qui le dévisage intensément : Meyers. Avec moult cérémonials, Meyers rappelle à Ed l’homme que ce dernier fut jadis. À savoir, un poète. Un poète à présent oublié, mais mûr pour être redécouvert. Dans Late Fame, un délicat « portrait de l’artiste en vieil homme », Willem Dafoe livre l’une de ses meilleures performances en carrière.Une carrière où l’acteur aux traits si singuliers, a maintes fois incarné de vrais créateurs : Vincent Van Gogh dans At Eternity’s Gate (À la porte de l’éternité), de Julian Schnabel, Pier Paolo Pasolini dans Pasolini, d’Abel Ferrara, Ferrara lui-même dans Tommaso… Le personnage de Ed a beau être fictif, il paraît tout aussi authentique que ses prédécesseurs : c’est quelqu’un que l’on pourrait croiser dans la rue ; que l’on a probablement déjà croisé dans la rue.

Nouveau long métrage du trop rare Kent Jones, un documentariste (Hitchcock/Truffaut) reconverti à la fiction (Diane), Late Fame repose sur un scénario extrêmement fin de Samy Burch. La scénariste de May December, de Todd Haynes, transpose ici une nouvelle d’Arthur Schnitzler, dont une autre nouvelle a inspiré Eyes Wide Shut (Les yeux grands fermés) à Stanley Kubrick.Au départ, le film fleure bon la nostalgie. C’est apparent dès l’entrée en scène de Meyers.De fait, Meyers appartient à un club de jeunes gens qui se réunissent à l’étage d’une taverne pour discuter d’art et de culture en bannissant avec ostentation l’usage du téléphone intelligent (contrairement aux influenceurs qui occupent l’autre moitié du plancher). Pensez à la célèbre Algonquin Round Table des années 1920-1930, version hipster.