20 août 2026Aujourd'hui à 19:15La dette des États-Unis atteint des niveaux qui n’avaient plus été vus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les élections de mi-mandat diront si, aux yeux des Américains, le jeu en vaut la chandelle. En 1945, la dette publique américaine a franchi pour la première fois la barre des 100% de la richesse produite. Près de quatre années de lutte sans merci contre les forces de l'Axe valaient bien un pic d’endettement – qui fut rapidement résorbé. Cette année, pour la deuxième fois en 250 ans d’histoire, la dette que l’État américain contracte auprès de tiers passe à nouveau ce seuil symbolique.Les montants engagés sont titanesques, à la mesure de l’économie américaine. En tenant compte des prêts intra-gouvernementaux, le cap des 40.000 milliards de dollars de dette a été atteint ce mercredi, un record absolu. Le chiffre est vertigineux, mais c’est surtout son emballement qui frappe: au début du premier mandat de Donald Trump, il y a dix ans, le volume de dette était encore moitié moindre.Républicains et démocrates se sont relayés pour nourrir cette course folle. Entre les deux mandats du président à la casquette rouge, Joe Biden a largement pris sa part, pour répondre à la crise sanitaire et amorcer une ambition dans l’action climatique. Et leurs prédécesseurs ont aussi apporté leur contribution: pour retrouver un budget américain en excédent, il faut remonter à l’ère de Bill – “it's the economy, stupid!” – Clinton. Bien sûr, les États-Unis sont un cas à part sur la carte de l’endettement public: ils empruntent en dollar, qui reste de très loin la devise reine à l’échelle mondiale. En résulte ce “privilège exorbitant”, dont parlait Valéry Giscard d’Estaing: des conditions d’emprunt extrêmement favorables au regard de leur niveau d’endettement. Mais, même aux États-Unis, le prix de l'emprunt monte, et ce sont bien, in fine, les citoyens américains qui s’en acquittent.Pour quel projet ?Sous Trump, l’emballement se poursuit. Ce n’est pas faute d’avoir sabré dans certaines dépenses: des soins de santé à l’aide humanitaire, en passant par le soutien à l’Ukraine ou le fonctionnement des administrations fédérales. Dans un contexte où le vieillissement de la population augmente mécaniquement les dépenses, ces mesures, prises au nom de la sauvegarde des intérêts du taxpayer américain, ont été largement compensées. Notamment par des largesses fiscales bénéficiant surtout aux plus aisés, et par les dépenses somptuaires du Pentagone qui servent, entre autres, à mener à l’Iran une guerre dont on n’entrevoit pas l’issue. Le remboursement aux importateurs américains des droits de douane, perçus illégalement sur ordre de Donald Trump, complète le tableau, soulignant au passage le caractère hasardeux de sa politique économique.L’endettement s’accélère donc au nom d'un projet belliciste, qui aggrave les inégalités, affaiblit les contre-pouvoirs et, partant, la démocratie libérale américaine. Comme John Hammond dans Jurassic Park, Donald Trump dépense sans compter, et on peut douter que le projet qu’il déroule tienne mieux la mer que celui de ce milliardaire excentrique. Les Américains sont appelés à en juger, lors des élections de mi-mandat.