Après les missiles, les virements bancaires : ce mercredi 19 août, Donald Trump a promis "la plus écrasante opération économique jamais menée contre un pays", annoncée en majuscules sur son réseau Truth Social, et a donné une consigne au reste du monde. Toute banque, entreprise, aéroport ou administration qui fournirait un soutien à l’Iran s’exposerait à d’"énormes conséquences économiques". Il a aussi dressé la liste de ce qui "doit cesser maintenant", ça aussi en majuscules, entre contrebande de pétrole, lignes de swap, transferts d’espèces, bureaux de change, registres maritimes et sociétés écrans. Le message se veut fort, mais le dispositif reste imprécis : ni Donald Trump ni la Maison-Blanche n’ont détaillé les nouvelles mesures. Le problème est aussi arithmétique puisque Washington sanctionne déjà massivement l’économie iranienne, ses dirigeants, ses circuits financiers et son pétrole. Le Trésor mène depuis plusieurs mois l’"Operation Economic Fury" (Opération Fureur Economique, en français) pour couper les financements de Téhéran, tandis qu’un blocus naval dans le détroit d’Ormuz cherche à empêcher les exportations iraniennes. Après le feu, la factureCe nouveau tour de vis arrive surtout après un constat militaire moins spectaculaire : le mois dernier, Donald Trump a suspendu les frappes après deux semaines d’attaques nocturnes qui n’avaient pas ramené les responsables iraniens à la table des négociations. Les stocks américains de certaines munitions avaient été fortement entamés et des conseillers du Pentagone auraient expliqué au président que la liste des cibles pertinentes approchait de l’épuisement. Téhéran, de son côté, renvoie la facture à Washington. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, estime que cette nouvelle offensive économique sert surtout à détourner l’attention des difficultés financières américaines, entre dette record et taux d’intérêt élevés. Sur X, il dénonce un "terrorisme économique américain" qui menacerait "l’économie mondiale et la souveraineté nationale des pays du monde entier". Une manière, aussi, de prévenir les partenaires de l’Iran : dans cette nouvelle phase, eux aussi se retrouvent directement dans la ligne de mire américaine.Les sanctions internationales avaient lourdement pesé sur l’économie iranienne avant l’accord nucléaire de 2015, qui échangeait un encadrement strict du programme nucléaire contre leur levée. Donald Trump s’en était retiré en 2018 avant de rétablir les sanctions. Depuis, Téhéran a appris à les contourner : nouveaux débouchés, circuits financiers et flotte de pétroliers clandestins permettant de continuer à exporter. L’économie iranienne reste donc très affaiblie, mais elle n’est pas isolée. C’est pourquoi la nouvelle menace américaine vise aussi ceux qui lui permettent encore de commercer. Si Washington veut aller beaucoup plus loin, il lui faudra donc frapper des acteurs étrangers avec des sanctions secondaires. C’est ici que le dossier cesse d’être strictement iranien. La géographie des dépendancesLa Chine est le premier partenaire commercial de l’Iran et le pays qui compte le plus pour l’avenir de ses exportations pétrolières. Gregory Brew, analyste chez Eurasia Group, résume pour The Guardian la difficulté : toute nouvelle mesure devra viser les partenaires de Téhéran, mais il sera "difficile" pour Washington de s’en prendre à la Chine. Le calendrier n'aide pas : Xi Jinping est attendu aux Etats-Unis en septembre, au moment où Washington cherche également à stabiliser sa relation commerciale avec Pékin. Les pays du Golfe, eux, ont déjà reçu le message. Les Emirats arabes unis ont annoncé lundi la suspension de leurs échanges commerciaux et financiers avec l’Iran, quelques heures après un appel de Donald Trump au président émirati Mohammed ben Zayed. Avant la guerre, les Emirats fournissaient plus de 30 % des importations iraniennes. La mesure a été annoncée après qu’Abou Dhabi a affirmé avoir détecté deux missiles lancés depuis l’Iran, ce que Téhéran dément.Reste enfin le détroit d’Ormuz, où cette nouvelle stratégie américaine se mesure déjà en nombre de bateaux : Donald Trump assure que l’armée américaine permet désormais à "beaucoup" de navires des pays du Golfe de circuler malgré les menaces iraniennes. Washington affirme désormais faciliter chaque nuit le passage de 15 à 20 bâtiments à l’entrée et à la sortie du détroit, soit environ la moitié du volume quotidien de pétrole qui transitait avant la guerre. Une prouesse logistique, peut-être, mais pas encore une victoire politique : Danny Citrinowicz, ancien responsable de la branche Iran du renseignement militaire israélien, a ainsi estimé dans The Guardian que ce dispositif ne suffirait ni à faire capituler Téhéran ni à modifier fondamentalement sa position dans les négociations. Le reste de l’histoire s’écrira peut-être donc un bureau de change à Dubaï, une société écran ailleurs, et un registre maritime quelque part.