Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement « Artistes en leur jardin » (6/6). L’icône de l’esthétique underground des années 1980, atteint du sida, a transformé une ancienne cabane de pêcheur en dernier refuge avant sa mort en 1994. Son Prospect Cottage est peuplé d’espèces résistantes, d’objets trouvés et de galets. Article réservé aux abonnés Le sol est pauvre, envahi de rocaille. Le climat, océanique et plutôt hostile. Pas d’ombre. En arrière-plan, la centrale nucléaire de Dungeness. La Manche est toute proche, et ses embruns salins. Qui aurait l’idée de créer ici un jardin ? Elle a germé dans l’esprit du Britannique Derek Jarman (1942-1994), un jour du printemps 1986. Réalisateur, écrivain, plasticien, cette icône de l’esthétique underground des années 1980 sillonnait la côte du sud de Douvres, au Royaume-Uni, avec l’actrice Tilda Swinton, sa complice de toujours. Ils cherchaient, pour un tournage, des jacinthes des bois. Et tombèrent au hasard de leurs pérégrinations sur une vieille cabane de pêcheur, plantée au milieu d’un paysage désolé. Sur un coup de tête, Jarman décide de l’acquérir. Le 22 décembre de la même année, il apprend sa contamination par le virus du sida. Et jure alors de « profiter au maximum de la vie ». Prospect Cottage, comme il nomme cette propriété du bout du monde, sera son dernier refuge ; et le jardin sec, mais pas zen, qui l’entoure, l’œuvre ultime du cinéaste baroque. « Quand je me suis installé à Dungeness, écrivait-il dans son texte Un dernier jardin, je n’avais aucune intention d’y créer un jardin. Cela semblait d’ailleurs inimaginable. Il n’y avait là que des galets, pas de terre et une végétation étique. Après tout, c’est de la désolation de Prospect Cottage que j’étais tombé amoureux. » Tout juste plante-t-il une aubépine. Les premiers mois, il se contente de ramasser sur la grève, après chaque tempête, des silex, ces « dents de dragon blanches et grises » qu’il agence autour de la cabane. Il collecte aussi les bois flottés, et les creuse pour y planter quelques fleurs qu’il abandonne aux rudes vents d’est. Il vous reste 74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.