Le gouvernement fédéral a subtilement abandonné son objectif de construction de bornes de recharge pour véhicules électriques, et il refuse d’expliquer pourquoi il se contente finalement de 26 000 de moins que promis.Il y a un an à peine, Ottawa prétendait encore qu’aucun véhicule neuf à essence ne serait vendu au Canada après 2035. Pour rassurer tous ces futurs propriétaires de véhicules électriques, le fédéral s’était engagé à financer la construction de 84 500 bornes de recharge publiques et privées d’ici 2029.Voilà que le gouvernement prévoit plutôt mettre la clé dans la porte du Programme d’infrastructure pour les véhicules à émission zéro (PIVEZ), disant avoir dépensé tous ses fonds, avant même d’atteindre 70 % de son objectif. Seules 58 404 bornes de recharge sont en service ou doivent être mises en chantier, montre une compilation du Devoir.Le PIVEZ était jusqu’à tout récemment administré par Ressources naturelles Canada et visait à verser jusqu’à 50 % du prix des bornes de recharge installées par les entreprises privées ou les institutions publiques. Règle générale, le financement allait jusqu’à 5000 $ par connecteur pour les bornes ordinaires et jusqu’à 100 000 $ pour les bornes rapides.Or, depuis le début de l’année 2026, il n’est plus possible d’y adresser une demande de subvention, « car les fonds du programme ont été entièrement alloués ». Au cours de l’été 2026, le programme a été transféré à Environnement et Changement climatique Canada (ECCC).Malgré une correspondance du Devoir avec deux ministères sur une période de dix jours ouvrables, aucun responsable gouvernemental n’a offert d’explications indiquant pourquoi les investissements de quelque 1,2 milliard de dollars n’ont pas été suffisants pour financer toutes les bornes promises.En septembre 2025, le gouvernement Carney a mis sur pause le projet de forcer les constructeurs automobiles à vendre une part minimale de véhicules électriques. Il a officiellement laissé tomber l’idée en février 2026, ressuscitant plutôt les subventions à l’achat de ces véhicules.Une nouvelle stratégieLes fonctionnaires à Ottawa sont toutefois en pleine rédaction d’une toute nouvelle stratégie pour les infrastructures de recharge, qui devrait être publiée « dans les prochains mois », a dévoilé le porte-parole d’ECCC Phil McComiskey.« Au Canada, les ventes de véhicules zéro émission ont augmenté de plus de 20 % au cours des quatre premiers mois de l’année par rapport à 2025. Cette croissance favorise les investissements dans les infrastructures de recharge partout au pays et offre une plus grande certitude aux investisseurs », a-t-il affirmé en guise de réponse aux questions du Devoir.Daniel Breton, p.-d.g. de l’association Mobilité électrique Canada, attribue le récent regain de popularité des véhicules électriques à la hausse du prix de l’essence. Selon lui, il était à la base illusoire de se fixer comme objectif la construction du plus grand nombre possible de bornes de recharge, étant donné l’avancement rapide de la technologie en la matière.« PIVEZ est un programme qui était bien pensé il y a 10 ans. C’est un programme qui doit être révisé au complet. Il faut qu’il soit ajusté aux nouvelles réalités technologiques », lâche en entrevue l’ex-ministre de l’Environnement du Québec.Les voitures à grande autonomie ont besoin de se recharger moins souvent. De plus, l’avenir consiste selon lui en des bornes capables de charger des batteries dans un temps comparable à celui d’un arrêt à la station-service pour une voiture à essence. L’important, pour les automobilistes, est que les bornes soient situées aux endroits qui sont les plus pratiques pour eux.Il manque des bornesDaniel Breton croit quand même que l’abandon des quotas de ventes de véhicules électriques a quelque chose à voir avec l’échec de la promesse du PIVEZ. « Il y a une incertitude autour de la réglementation et des rabais gouvernementaux. Le lobbying des constructeurs a fait en sorte de ralentir la transition. Tout ça fait en sorte de nuire au développement des bornes. »Le gouvernement fédéral indique toujours sur le site du PIVEZ son objectif global de 84 500 bornes de recharge et de 45 stations de ravitaillement à l’hydrogène à déployer d’ici à 2029. Il ne s’agit que d’une fraction du besoin de bornes prévu par la firme Dunsky Énergie + Climat, qui préconise la mise en chantier de 40 000 ports publics chaque année jusqu’en 2040.Ressources naturelles Canada a sonné le glas du PIVEZ après avoir dépensé environ 498 millions de dollars pour subventionner la construction d’un total de 52 134 bornes de recharge électrique. Fait curieux, ce sont plutôt 630 millions de dollars que devait gérer ce ministère, pour financer 78 500 bornes, montre un récent audit. Trente-deux stations de ravitaillement en hydrogène seront aussi financées.Avec un budget encore plus imposant, de quelque 714 millions de dollars, la Banque de l’infrastructure du Canada n’a pour sa part financé que 6270 bornes de recharge électrique, soit huit fois moins. La grande majorité ont été posées par les entreprises Flo, Parkland et JOLT.Les projets déjà retenus par le volet principal du PIVEZ ont jusqu’en mars 2027 pour dépenser l’argent reçu. Une part des sommes allouées a aussi servi à payer « des projets d’éducation et de sensibilisation » ainsi que « des coûts opérationnels », explique le ministère ECCC.
Ottawa rate complètement sa cible d’installation de bornes pour voitures électriques
Le gouvernement Carney retourne à la planche à dessin et promet une nouvelle stratégie en la matière.









