Au cœur des monts Ozark, l’apiculteur et musicien Amziah King (Matthew McConaughey) vit des jours paisibles sur sa ferme, et fait figure de pionnier dans une communauté de villageois tissée serrée. Recruté par les policiers de la région pour faire la lumière sur la contrebande d’une dizaine de barils de miel, il tombe par hasard dans un restaurant sur Kateri (Angelina LookingGlass), qu’il avait hébergée avec son frère une dizaine d’années plus tôt, comme famille d’accueil, et qu’il recrute sur son exploitation apicole.The Rivals of Amziah King, deuxième long métrage d’Andrew Patterson (The Vast of Night), se présente d’abord comme une histoire d’amour filial entre deux êtres unis par la grâce du destin et élevés par la puissance d’une communauté. Le cinéaste prend toutefois soin d’éviter tous les sentiers battus pour raconter cette histoire familière, surprenant sans cesse avec ses recours à un potluck cinématographique allant du néowestern au suspense policier, en passant par le film noir et la comédie musicale — la spectaculaire trame sonore bluegrass faisant ici figure de personnage.Une mise en scène léchéeLa scène d’ouverture donne le ton. Dans l’enceinte d’un restaurant en plein air, une jeune serveuse et une troupe hétéroclite de musiciens semblent attendre quelqu’un. Soudain, un camion surgit, duquel descendent des bottes, puis le corps d’un homme à l’allure de cow-boy portant un banjo autour du cou. Après cette entrée théâtrale, Amziah King passe sa commande et lance les premières notes d’une chanson à laquelle se joint le reste du groupe. La mise en scène léchée et délibérément kitsch, avec plusieurs arrêts sur image et des contre-plongées mettant en valeur le charme du héros, puise dans les codes du vidéoclip pour introduire son personnage, plaçant déjà le spectateur dans le délice de la surprise.Dans la peau d’Amziah King, Matthew McConaughey retrouve ici un rôle tout indiqué pour lui, offrant une performance prévisible, mais sans faille, que l’on pourrait presque qualifier de réconfortante.La première partie du récit s’articule donc autour de la relation de ce dernier avec sa fille d’adoption, ainsi que de celle, symbiotique, qu’il entretient avec les abeilles. Le souci du détail presque spirituel que le réalisateur accorde à ces bestioles ailées offre par ailleurs les plus belles scènes du film. Mention spéciale à une séquence savamment orchestrée dans laquelle une école primaire est envahie par les mouches à miel, causant la panique générale et une série de moments plus cocasses les uns que les autres.Des séquences inoubliablesLe film menace de prendre une tournure un peu moins convaincante en seconde moitié, alors que l’attention se porte sur la jeune Kateri, interprétée avec une présence remarquable par la jeune Angelina LookingGlass, et que la ferme est décimée par un vol de ruches. S’ensuit une enquête déchaînée empruntant à la fois au récit d’émancipation, au revenge movie et à la course-poursuite, dont la cohérence est souvent laissée en plan au profit de séquences inoubliables, dont certaines ont le potentiel de devenir cultes, notamment grâce à la sublime photographie de Miguel Ioan Littin Menz et au montage rythmé de Patrick J. Smith.On pourrait certes reprocher ce côté échevelé à Andrew Patterson, mais il y a quelque chose de profondément réjouissant à célébrer un cinéma qui se moque des conventions et qui entraîne effrontément le spectateur là où il s’y attend le moins. Du bonbon.