Le webzine américain, média musical de référence, fustige le dernier album du rappeur réalisé avec l’aide de l’IA : un “pastiche superficiel” et “bâclé”. Et lui décerne sa plus mauvaise note depuis presque vingt ans, un 0.0. Tyga en concert à Atlanta, aux États-Unis, en septembre 2025. Depuis, il a créé un alter ego, $TARFACE, grâce à l’intelligence artificielle. Photo Julia Beverly/Getty Images Par Maelis Pinto Publié le 13 août 2026 à 17h47 Quel est le point commun entre le devoir d’un collégien flemmard et le dernier album de Tyga ? Le recours à l’intelligence artificielle, d’une part. De l’autre, la note attribuée : zéro pointé. Avec $TARFACE, le rappeur californien a décroché, mercredi 12 août, la note la plus basse jamais accordée par Pitchfork, média musical américain de référence, depuis dix-neuf ans. Coup dur, d’autant que le webzine distribue son 0.0 avec une parcimonie sadique : une dizaine d’albums à peine sur des dizaines de milliers de disques chroniqués. Parmi les malheureux élus, la dernière bulle avait été attribuée en 2006 au groupe australien Jet pour Shine On. Aucun texte ni contexte, Pitchfork avait seulement publié la vidéo d’un singe buvant sa propre urine. Ce pas de côté avait contribué à la notoriété du site… et de Jet. Sorti le 31 juillet, le neuvième album de Tyga devait incarner un virage dans la carrière du rappeur, avec la création d’un alter ego, le susnommé $TARFACE. « $tarface n’a ni règles, ni limites. Tyga en tant qu’artiste est une marque que j’ai construite ces quinze dernières années avec un catalogue solide. Mais ici, c’est tout autre chose : je voulais un changement radical », résumait-il en interview. Adieu le hip-hop, bonjour les années 1980 et la synth pop et le funk de Tom Petty, Prince et Michael Jackson. Derrière cette promesse, l’intransigeant critique de Pitchfork, Drew Millard, n’entend qu’un « pastiche superficiel » et « bâclé », un amalgame de synth pop et de disco assemblé par quelqu’un qui « n’a jamais pris la peine » d’écouter les artistes en question. Le journaliste étrille l’album : « Son existence a rendu le monde pire. » C’est l’évolution de la technologie. Le rappeur Tyga Ce 0.0 pose aussi une question aujourd’hui difficile à esquiver : qui fait réellement la musique lorsque l’IA s’en mêle ? Tyga n’a d’abord pas assumé sa démarche, pour finalement confirmer avoir fait appel à Suno, générateur musical dopé à l’IA. « C’est l’évolution de la technologie. Lorsque l’autotune est apparu, certains s’y opposaient mais les vrais artistes l’ont adopté. » Millard ne reproche pas à Tyga l’usage de l’IA en soi, mais plutôt d’en faire un substitut à l’investissement artistique : « Les musiciens de studio et les auteurs-compositeurs coûtent cher. [...] Ils peuvent demander à être crédités, avoir des managers qui tentent de négocier un partage des revenus plus avantageux pour leur contribution. L’IA ne fait rien de tout cela. » Selon Millard, si Tyga avait payé des samples ou recruté des musiciens, peut-être aurait-il été contraint de faire le « meilleur album » de sa vie pour rentabiliser sa mise. L’ex-critique de Pitchfork Matt LeMay, qui avait accordé un cruel 0.0 à l’album éponyme de Liz Phair en 2003, a fait son mea culpa seize ans plus tard, après une interview avec la chanteuse, en qualifiant sa propre chronique de « condescendante et embarassante ». Cette fois, difficile d’imaginer qu’une simple rencontre avec Tyga change la donne. À lire aussi : “Kitscherie poussive”, “citations stériles”... De quels albums parlent nos critiques assassines ? À lire aussi : Spotify réagit pianissimo à l’IA qui s’infiltre sur sa plateforme Musique Intelligence artificielle Rap Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Zéro pointé pour le rappeur Tyga : pourquoi son dernier album “a rendu le monde pire” selon le site Pitchfork
Le webzine américain, média musical de référence, fustige le dernier album du rappeur réalisé avec l’aide de l’IA : un “pastiche superficiel” et “bâclé”. Et lui décerne sa plus mauvaise note depuis presque vingt ans, un 0.0.








