Monde Asie - PacifiqueTaiwan sous la menace chinoiseAsie. L'île convoitée par la Chine a organisé une simulation d'attaque aérienne, destinée à mesurer sa capacité à fonctionner en cas de rupture des communications.Par Alexis Da SilvaarticleLecture 4 MinPublié le 11/08/2026 à 17:04Le président taïwanais Lai Ching-te assiste à une démonstration de drones lors des exercices militaires annuels Han Kuang, sur une base navale de Kaohsiung (Taïwan), le 8 août 2026. REUTERS/Ann Wang TPX IMAGES DU JOURREUTERSUn accès au réseau mobile perturbé durant 30 minutes, et des millions d'habitants privés de vidéos, de photos et d'appels vidéo depuis leur téléphone. Lundi 10 août, Taïwan a testé pour la première fois à grande échelle une opération visant à simuler une attaque aérienne chinoise, dans le cadre de l’exercice annuel de défense civile préparé par les autorités taïwanaises.Organisé dans 14 villes et comités à différentes dates, ce test a débuté à Taichung, une commune du centre de Taïwan qui compte près de trois millions d’habitants. Dès 14h30, des sirènes ont retenti, invitant la population à se mettre à l’abri dans des commerces, des centres commerciaux, des gares ou chez soi. Peu après, les habitants ont reçu un message via téléphone, leur indiquant que "l'accès au réseau mobile sera perturbé" et les incitant à privilégier le Wi-Fi intérieur. Avec cette mise en situation grandeur nature, l'objectif pour le gouvernement est de réfléchir à la manière dont l’île pourrait continuer à fonctionner si ses communications avec le reste du monde étaient fortement perturbées. Car sous la direction de Xi Jinping, Pékin a considérablement renforcé sa flotte de navires de guerre, de bâtiments de débarquement et son arsenal de missiles, autant de moyens susceptibles de soutenir une invasion de Taïwan. Si Xi Jinping affirme souhaiter parvenir à une réunification pacifique avec l’île, il refuse pour autant d’exclure le recours à la force. A Taïwan, les autorités ont d'ailleurs affirmé que des navires commerciaux liés à la Chine avaient saboté des câbles reliant l'île principale à certaines îles périphériques. Une interruption plus importante des communications pourrait alors gravement désorganiser l’ensemble de l’île et provoquer un mouvement de panique.Une évacuation du président "Taïwan ne peut pas être trop faible, il faut qu’il soit un peu plus fort. Parce que de cette manière, les gens ne nous considéreront pas comme un petit pays qu’ils peuvent annexer ou intimider", a déclaré auprès du New York Times Huang Chiung-chu, une habitante de Taïwan qui estime que "la Chine représente une menace extrêmement grave". "Je pense que [cet exercice] est absolument nécessaire. De nos jours, nous sommes tous tellement accros à nos téléphones. En cas de guerre ou autre, ils pourraient vraiment recourir à la cyberguerre ou couper les communications", abonde Yu Chun-hsuan, une étudiante en soins dentaires. Mercredi 5 août déjà, la police militaire taïwanaise avait simulé l’évacuation de Lai Ching-te, le président, dans le cadre d’un scénario où les forces chinoises auraient tenté de procéder à une opération visant à "décapiter" le pouvoir, c’est-à-dire à l'éliminer. Des images diffusées à la télévision montraient des soldats escortant le président hors du palais présidentiel, avant de le faire monter dans un convoi de véhicules blindés. Celui-ci l’avait conduit à vive allure à travers des rues désertes, jusqu’à un centre de commandement souterrain."Une partie de l’exercice militaire annuel semble destinée à rassurer la population sur la capacité de l’île à se défendre", analyse le journal américain. "Le coût d'un exercice comme celui-ci n'est pas si élevé, et si nous nous retrouvions réellement dans une situation de guerre, je serais alors un peu mieux préparée à y faire face", confirme Liao Mei-hsiu, une éleveuse de porcs qui se trouvait dans l'aire de restauration de Taichung pendant l'exercice, accompagnée de son mari et de sa fille. Plus tard lundi, la municipalité a indiqué que l'exercice s'était bien déroulé et que les appels aux services d'urgence et de secours n'avaient pas été perturbés.