11 août 2026Aujourd'hui à 05:02Les gros contrats d'Aerospacelab et la volonté de la Défense de se doter d'une constellation de satellites de renseignement illustrent la pertinence des choix qui ont été posés en faveur du secteur spatial en Belgique. Une entreprise belge, wallonne qui plus est, qui va participer comme maître d'œuvre, avec d'autres géants européens de l'espace, à la fabrication de la nouvelle constellation de satellites de l'Union européenne, Iris2. La Défense qui veut se doter de ses propres satellites de renseignement et d'observation, des instruments réservés jusqu'ici aux grandes puissances militaires. Sans vouloir verser dans la facilité, on peut dire que la Belgique a la tête dans les étoiles ces derniers jours. Le spatial, on en connaît l'importance dans notre pays. Depuis toujours, la Belgique est un important contributeur au budget de l'Agence spatiale européenne. Nos dirigeants aiment rappeler que pour chaque euro investi dans ce domaine, les retombées économiques locales sont estimées en général à 3 euros, grâce aux contrats directs générés par l'ESA et aux effets multiplicateurs qui en découlent. Ces investissements ont permis à nos entreprises de développer des technologies pour des engins qui vont scruter les autres planètes du système solaire ou qui contribuent à propulser les lanceurs européens. Mais ce modèle basé sur les retours générés par la contribution à l'ESA a trouvé ses limites ces dernières années, à cause des difficultés rencontrées par les fusées européennes, mais également en raison de la mutation du marché et de l'émergence du New Space, avec ses lanceurs réutilisables et ses satellites en orbite basse.Une évolution que l'industrie spatiale et les autorités politiques belges semblent avoir intégrée. La jeune pousse wallonne Aerospacelab est le reflet de cette prise de conscience. D'autres acteurs plus anciens, comme EHP à Nivelles, ont déjà pris ce virage vers les constellations de satellites et les nouvelles plateformes. Ils sont désormais aidés dans ce repositionnement par la hausse des budgets militaires et la nécessité pour l'Europe de développer ses propres capacités spatiales dans la défense et la sécurité. Allons plus loin: l'espace représente peut-être aujourd'hui en Belgique le meilleur exemple d'alignement presque parfait entre les intérêts de la Défense, de l'industrie et de la base technologique du pays. Rien n'est jouéPas de triomphalisme néanmoins. Car rien n'est encore joué. Aerospacelab va devoir décrocher d'autres importants contrats qui justifieront le choix de la création de sa "mega factory" à Charleroi. Une initiative soutenue financièrement par les pouvoirs publics, faut-il rappeler. Quant au secteur de la défense, s'il ouvre de nouvelles opportunités, il n'a échappé à personne qu'il comporte également une part de risque importante. Il y a dix ans, c'est le secteur de la biotechnologie qui semblait devoir devenir le principal moteur de l'économie du pays. On connaît la suite: une phase plateau, quelques solides déconvenues et beaucoup d'interrogations ces dernières années. Même si elle reste une industrie de long terme, l'industrie spatiale doit déjà tirer les leçons de ces péripéties.