Les concerts de Gans, Annahstasia, Wednesday, TTSSFU ou encore Friko ont fait le plein du 6 au 9 août pour la vingt-neuvième édition de l’événement. Qui attire à Castelbuono des amateurs de rock du monde entier. Le Festival Ypsigrock, à Castelbuono en Sicile, emploie jusqu’à 200 personnes épaulées par 170 bénévoles. Photo Elisabetta Brian Par Thomas Richet Publié le 10 août 2026 à 14h37 Mis à jour le 10 août 2026 à 14h51 À Castelbuono, on trouve des arancini gros comme nos poings, les glaces exquises de l’historique Naselli et de délicieuses pizzas préparées uniquement le soir — les pizzaiolos y sont tout-puissants et travaillent quand ils le veulent bien. Plus étonnant pour cette commune sicilienne de 7 800 personnes perchée sur le mont Milocca, à un peu plus d’une heure et demie de route à l’est de Palerme, on peut aussi y assister à Ypsigrock, réjouissant festival de musique essentiellement consacré au meilleur du rock indé anglo-saxon. Ces dernières années, il a accueilli des pointures comme Slowdive, Panda Bear ou The National, et des jeunes pousses plus que prometteuses comme King Hannah, English Teacher ou Model/Actriz. Le cadre, c’est indéniable, est attrayant : la soirée démarre dans le cloître de l’église San Francesco, fondée en 1332, et se poursuit dans la spectaculaire cour du château qui a donné son nom au village. Six minutes de marche séparent les deux scènes, qui permettent de parcourir les rues médiévales de la jolie bourgade, dont le centre historique est coupé de la circulation. Les plus motivés peuvent aussi commencer et terminer leur journée au camping, à 6 kilomètres de là, dans la fraîcheur d’une forêt, avec d’abord une sélection de groupes débutants italiens et des DJ sets qui durent jusqu’au creux de la nuit. Les Écossais de Mogwai sont tombés sous le charme de l’événement à l’occasion de leur passage en 2011, le gratifiant du titre de « meilleur festival sur la planète ». Furieux pogos L’affiche de la vingt-neuvième édition, qui a eu lieu du 6 au 9 août, n’était pas loin de leur donner raison. On a ainsi pu voir la majestueuse folkeuse américaine Annahstasia, épaulée d’une contrebassiste et d’une violoncelliste, hypnotiser la petite foule (500 personnes maximum) du cloître, et les Anglais de Gans transformer le lieu en dancefloor sauvage avec leur post-punk débridé. La grande scène du château (2 500 personnes) n’était pas en reste : le grunge mâtiné de country de Wednesday, auteur avec Bleeds d’un des meilleurs albums de l’année dernière, a entraîné la foule dans de furieux pogos, tout comme la dream pop de la jeune Anglaise TTSSFU, dont on attend avec impatience le premier album. Les Chicagoans de Friko, 25 ans de moyenne d’âge, ont retranscrit avec une belle ferveur la fougue de leur deuxième album, le beau Something Worth Waiting For. Sans oublier les concerts de Horsegirl, Dry Cleaning, Black Country, New Road ou The New Eves. Il y a aussi eu quelques ratés, bien sûr, comme les Italiens de I Cani, entre post-punk et variétoche transalpine, ou les Français de Ditter, aussi creux que les arancini locaux sont consistants. On rêve, en tout cas, sans doute en vain, de voir une telle exigence et cohérence chez nous en France. Même le duo américain Chinese American Bear, croisé avant le début des festivités, n’en revenait pas : « Le line up est incroyable, on va passer la semaine à regarder les autres groupes ! » Le tout dans une belle intimité devant un public bavard, Italie oblige, mais chaleureux et enthousiaste, vêtu de tee-shirts de Yo La Tengo, Primal Scream, Idles ou Los Campesinos !, signes distinctifs de l’international rock indé. On y vient même d’Australie Ce petit exploit, on le doit à deux hommes du cru, Gianfranco Raimondo et Vincenzo Barreca. Partis faire leurs études à Palerme dans les années 1990, ces passionnés de musique se sont demandé pourquoi leur région natale n’aurait droit qu’à des fêtes de village. L’idée de lancer leur propre « festival pour accros au rock », explique Gianfranco, leur est venue en janvier 1997, et la première édition a eu lieu huit mois plus tard. « L’entrée était gratuite, ça a attiré toute une foule de punks et de marginaux, rigole Vincenzo. La population locale n’a pas du tout apprécié. Les gens n’aimaient pas non plus voir des groupes jouer à deux pas d’une église. » Selon l’estimation des deux hommes, respectivement avocat et économiste de métier, l’organisation de l’événement ne s’est professionnalisée que ces quinze dernières années. Aujourd’hui, le festival emploie jusqu’à 200 personnes, épaulées par 170 bénévoles, sous la bannière de l’Association culturelle Glenn Gould, créée en 2001 — un nom pas très rock, concède Gianfranco, qui assure que « l’interprétation forte [du pianiste] est une preuve de ce que la musique peut accomplir ». Le succès du festival a permis à l’organisation de s’investir dans la vie locale, en améliorant l’accessibilité du site du camping, en restaurant l’église du très Saint Crucifix ou en finançant l’installation d’un ascenseur dans le musée qu’accueille le château. Et sa réputation grandit chaque année. Les deux hommes sont fiers d’annoncer que 20 % des festivaliers viennent de l’étranger, d’aussi loin que l’Australie ou les États-Unis. Le duo refuse pour autant de rentrer dans le rang et de faire comme tout le monde. Chaque artiste n’est ainsi programmé qu’une fois et ne reviendra jamais à Ypsigrock. « Les festivals ont tous la même affiche, cela limite les chances que ce soit le cas pour nous. Et puis ça rend le moment plus unique, pour les groupes comme pour les festivaliers », explique Gianfranco. Ils ne rêvent pas non plus de s’agrandir. Leur seule attente, aujourd’hui, est de « programmer un jour Tom Waits ». À lire aussi : La saison des festivals de musique se poursuit : voici ceux qui nous enthousiasment le plus À lire aussi : Pop rock et rock indé : nos meilleurs albums 2000-2020 Ypsigrock Festival. Tarifs : en 2026, le pass quatre jours est à 139 €, la journée à 56 €. S’y rendre : de Palerme, prendre un train (55 minutes) jusqu’à Cefalù, puis le bus (30 minutes sur le papier, 50 en réalité) pour Castelbuono. Musique Rock Festivals Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus