Soleil noir sur Paname le 12 août prochain. L’éclipse, presque totale, est un événement rare dont il faut savoir profiter au mieux. Ponts, parcs, dans Paris intra-muros ou petit couronne, avec ou sans explications scientifiques, nous avons fait les repérages pour vous. Jeunes filles munies de verres fumés observant l'éclipse solaire, à Stockholm, Suède le 2 juillet 1954. Keystone-France/Gamma-Rapho Par Sophie Berthier Publié le 08 août 2026 à 12h30 Le 12 août, le Soleil a rendez-vous avec la Lune : occasion unique de prévoir de s’éclipser ensemble car, d’après les calculs de la Nasa, c’est en… 2081 que le disque solaire sera à nouveau masqué par l’unique satellite naturel permanent de la Terre ! Ce mercredi qui verra le soleil devenir presque noir est une éclipse partielle profonde et non totale comme celle d’août 1999 ; mais, à Paris et en Île-de-France, la Lune grignotera tout de même 92,2 % de la boule de feu, plongeant la capitale et sa région dans une pénombre très étrange. Ce spectacle captivant débutera à 19h22 précises avec une première morsure visible de la Lune sur l’étoile déjà basse dans le ciel. Le pic d’intensité de l’éclipse se produira à 20h17 : la luminosité va brutalement s’évanouir, l’atmosphère se rafraîchir, les oiseaux cesser de pépier et le ciel se parer d’un orangé foncé. Moins d’une heure plus tard, à 21h09, le soleil réapparaîtra dans toute sa rotondité avant de rapidement se coucher. Néanmoins, ce serait une grosse erreur d’abandonner son observation du ciel ! La même nuit sera en effet marquée par l’intensité maximale des Perséides, cette pluie d’étoiles filantes (en fait des grains de poussière spatiale qui s’embrasent dans l’atmosphère) visible tous les ans à la même période. La coïncidence est absolument exceptionnelle car si d’autres éclipses ont déjà eu lieu pendant la durée d’activité des Perséides (du 17 juillet au 24 août), jamais il n’y a eu de concordance le jour où elle atteint son pic. Reste à savoir où se poster pour ne pas perdre une miette de ce double ravissement visuel derrière d’indispensables lunettes spéciales achetées en pharmacie ou chez un opticien, sous peine de subir d’irréversibles dommages aux yeux (voir encadré). Premier impératif : essayer de prendre de la hauteur. En début de soirée, le soleil sera déjà proche de l’horizon (à seulement 7,6° de hauteur) ; gare aussi aux immeubles, arbres, buttes, collines, parcs en cuvette et autres déclivités qui vous font face, ils peuvent totalement, eux, occulter votre champ d’observation. Et surtout pas de balcon, terrasse orientés sud, c’est vers l’ouest / nord-ouest qu’il faut résolument se tourner. Voici quelques idées de spots prometteurs… gratuits (car nombre de bars dotés de rooftops, généralement chers, vont sans doute faire de bonnes affaires ce soir-là). À PARIS Les ponts de la Seine Ils sont trente-sept à enjamber les 13 kilomètres intra-muros du fleuve. Mais tous n’ont pas les mêmes atouts. Voici quatre de nos préférés pour cette soirée exceptionnelle. Le pont des Arts et son panorama à l’ouest sur la pointe de l’île de la Cité.Les panneaux en verre installés en 2015 en remplacement des anciens grillages métalliques lui confèrent une appréciable transparence et les voitures y sont interdites. Depuis son tablier métallique, légèrement surélevé par rapport aux quais, on voit très bien le Pont-Neuf. Le Pont-Neuf justement, avec ses petits balcons en encorbellement au-dessus de chaque pile, offre des points de vue sans obstacle visuel ; si l’on arrive tôt et que la place n’est pas prise, sympa de s’asseoir dans un de ces petits abris en saillie en attendant le début du show astronomique. La passerelle Léopold-Sédar-Senghor, qui relie le musée d’Orsay sur la rive gauche au jardin des Tuileries sur la rive droite par une arche unique en dos d’âne prononcé, génère des points de vue changeants sur la Seine. Depuis le sommet, la vue sur la tour Eiffel vers l’ouest met dans l’axe du soleil. Et la passerelle est entièrement piétonne. Le pont Alexandre-III. On peut lorgner le couchant depuis ce pont qui date de l’Exposition universelle de 1900. Classé monument historique, il relie les Invalides rive droite aux Petit et Grand Palais rive gauche. Sa vue sur la tour Eiffel est en bonus. Avec ses monumentaux pylônes de 17 mètres et ses Pégase de bronze doré, il offre un cadre majestueux aux astronomes amateurs et autres vigies du 12 août. Le parc de Belleville et le parvis du Sacré-Cœur Ce sont les deux points culminants de Paris et le sommet du parc du 20ᵉ arrondissement bat en altitude les marches de la basilique au dôme blanc du 18ᵉ. À l’entrée du cimetière de Belleville (40, rue du Télégraphe), une petite plaque mentionne que « ce repère d’altitude situé à 128,508 mètres au-dessus du niveau moyen des mers est le plus élevé sur le domaine public de la Ville de Paris ». Mais Montmartre demeure le quartier le plus escarpé de la capitale. Quel que soit votre choix, les vues imprenables sur la ville auréolée d’un soleil déclinant se méritent donc à courageuses enjambées, mais la récompense est au bout de l’ascension. Le parc des Buttes Chaumont (19ᵉ) C’est l’un des plus grands espaces verts de la ville et il est vallonné, ce qui en fait un endroit idéal pour contempler le coucher de soleil à Paris. Le 12 août, en prévoyant une bonne marge d’avance, le temple de la Sibylle, point le plus haut du parc, peut devenir un lieu ultra romantique pour regarder ensemble dans la même direction : celle de l’éclipse ! Le parc André-Citroën Pour qui tient absolument à TOUT comprendre du processus astral du 12 août, rendez-vous dans le 15e à partir de 19h et jusqu’à 1h du matin avec les membres de l’Association française d’astronomie (AFA) qui organisent, depuis fin juin et jusqu’au 5 septembre, des soirées d’observation et d’animation du ciel dans vingt et un parcs, bois et jardins (car ils sont davantage protégés des éclairages urbains). C’est au parc André-Citroën que la soirée cruciale du 12 août battra son plein. Par ailleurs, le Service espace de l’Observatoire de Paris (SE-OP) propose une application web, ÉclipSEOP, consacrée à l’observation de l’éclipse de Soleil du 12 août. Y sont présentes toutes les informations utiles pour observer l’éclipse depuis n’importe quel lieu sur terre (avis aux Parisiens en vacances !). Le parc de la Villette Parisiens observant l'éclipse de Soleil avec des lunettes de protection à Paris, le 11 août 1999. Photo Daniel Simon/GAMMA-RAPHO C’est dans la prairie du Cercle, avec vue à 360° sur le canal de l’Ourcq, la Géode et l’architecture du site, que l’astre solaire sera célébré bien avant qu’il soit masqué par la Lune : à 14h, coup d’envoi d’une journée de médiation scientifique rythmée par des ateliers ludiques (contempler le Soleil avec des instruments astronomiques, séances de dessin, lecture de cadrans solaires…), des conférences de 15 minutes ( « Le Soleil dans tous ses états », « Soleil et pop culture » ) avant l’instant T. Et, pour que personne ne soit lésé, deux écrans géants retransmettront en direct l’éclipse parisienne partielle… et celle, totale, dont l’Espagne sera témoin. La soirée se poursuivra jusqu’à minuit pour formuler autant de vœux qu’il y aura de traînées de Perséides. La butte Bergeyre (19ᵉ) Ce mini-quartier proche des buttes Chaumont est perché à 100 mètres d’altitude, ce qui en fait un choix possible… toujours à condition de bien vérifier qu’aucun obstacle incongru (comme des grues de chantier) ne soit positionné dans l’axe du soleil. Néanmoins, si des immeubles colonisent le versant sud de la butte, sa partie ouest, elle, promet une vision dégagée vers le reste de Paris, en direction de Montmartre et du Sacré-Cœur. EN PETITE ET GRANDE COURONNE Le plateau de Romainville et le parc communal des Coteaux-d’Avron (93) Le premier est situé aux Lilas. Pour le repérer, fiez-vous à la tour hertzienne TDF dont il est tout proche. À 131 mètres, il est le prolongement de la colline parisienne de Belleville-Ménilmontant. Quant au plateau d’Avron (31 hectares), il s’étend sur les deux communes de Rosny-sous-Bois et de Neuilly-Plaisance. Accessible par l’avenue du Président-Kennedy à Neuilly-Plaisance. Le mont Valérien à Suresnes (92) Connu pour son héritage historique (la forteresse, le Mémorial de la France combattante et le cimetière américain) et ses vignes, ce mont à l’ouest de Paris, haut de 161 mètres, a été aménagé en parc. Par l’avenue du Professeur-Léon-Bernard, une promenade permet de prendre de l’altitude jusqu’à trouver l’endroit ad hoc où étaler sa couverture et plonger d’abord ses yeux sur la Seine et Paris en contrebas, avant de chausser les lunettes magiques spéciales éclipse. Le parc de Saint-Cloud (92) On ne présente plus ce vaste parc-jardin ! Disposant de plusieurs terrasses et perspectives en hauteur ouvertes vers l’ouest, il est l’une des options les plus intéressantes pour s’éloigner des immeubles tout en restant proche de la capitale. La butte d’Orgemont à Argenteuil (95) Elle fait partie des buttes du Parisis, ensemble constitué de quatre reliefs marqués, et son atout est incontestablement son belvédère. Depuis onze ans, de constants aménagements du site ont permis au plateau sommital, à 110 mètres d’altitude, de retrouver une surface parfaitement horizontale. Vous voilà avec la ville à vos pieds et toute l’Île-de-France en toile de fond. Par temps dégagé, le belvédère permet au regard de balayer la forêt de Saint-Germain à l’ouest et de voir la butte Montmartre, la tour Eiffel et la Défense. Chausser ses lunettesLa Société astronomique de France insiste sur la vigilance dans le choix et l’usage des lunettes de protection pour observer l’éclipse. Ces bésicles en carton (de 2 à 5 €) doivent impérativement porter la mention de conformité à la norme internationale ISO 12312-2 et, au verso, des instructions d’utilisation en français. Se fournir de préférence chez un opticien ou un pharmacien que sur Internet ! Enfin, il faut les garder TOUT le temps de l’éclipse : à 92,2 % d’occultation, le Soleil reste encore 3 200 fois plus lumineux que ce que l’œil humain peut tolérer sans dommage.