Malgré ses investissements en matière de sécurité, le musée de Sarran, en Corrèze, n’a pas échappé à un nouveau cambriolage dans la nuit du 5 au 6 août. Une situation délicate pour l’établissement confronté à des défis structurels depuis des années. Les trois caméras installées fin juillet sur la route menant au musée n’ont pas dissuadé les cambrioleurs. Photo Laetitia Soulier /La Montagne/MaxPPP Par Mathieu Favier Publié le 07 août 2026 à 17h30 Un silence à la hauteur du malaise. Le préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine, le président du conseil départemental de Corrèze, la directrice du musée : tous ont laissé nos demandes d’interview lettre morte. Pour cause, le cambriolage survenu dans la nuit du 5 au 6 août au musée du Président-Jacques-Chirac, à Sarran constitue un nouveau revers. Cette institution, qui abrite notamment cinq mille cadeaux diplomatiques offerts à l’ancien chef d’État entre 1995 et 2007, peine à maintenir sa fréquentation et à sécuriser ses collections. Situé dans le petit bourg de Sarran, qui dénombrait, en 2023, 262 habitants (selon l’Insee), le musée du Président-Jacques-Chirac détient un triste palmarès depuis l’inauguration de son espace d’exposition de 5000 mètres carrés, en 2000. Quatre vols, dont trois en moins d’un an. En 2011, un faucon en or serti de diamants offert par l’Arabie saoudite, estimé à environ 150 000 euros, est subtilisé sans jamais être retrouvé. L’établissement connaît ensuite une accalmie, jusqu’au 12 octobre 2025. Ce jour-là, quatre individus munis d’armes blanches et d’un fusil à pompe s’emparent du fonds de caisse (environ 250 euros) et d’au moins une montre de collection. Les voleurs tentent de forcer les vitrines, sans succès. Moins de quarante-huit heures plus tard, dans la nuit du 13 au 14 octobre 2025, le musée est dépouillé d’une partie de sa collection de bijoux et de montres, pour un préjudice estimé à plus d’un million d’euros. Plus de 300 000 euros investis dans la sécurité Après sa fermeture hivernale de six mois — de novembre à avril 2026 —, la réouverture de l’établissement était donc scrutée. À l’occasion du vernissage de ses deux nouvelles expositions temporaires — « Mode et diplomatie » et « Inuit » — Catherine Cambrousse, la conservatrice du musée, reconnaissait au micro d’Ici Limousin qu’« après les événements judiciaires de mi-octobre dernier, les musées parisiens ne nous ont pas du tout fait confiance [pour le prêt d’œuvres] ». Le président du conseil départemental de la Corrèze — propriétaire et gestionnaire de l’établissement —, Pascal Coste, se voulait rassurant. « Aujourd’hui, on est un des musées les plus sécurisés de France. On a toutes les technologies dernier cri. » Une déclaration qui aura rapidement mal vieilli. Pourtant, le musée ne lésine pas sur les moyens. En 2015, dans son rapport d’activité, le département vantait l’installation d’« une nouvelle centrale sécurité » pour « améliorer considérablement la sécurité des collections ». Pour la réouverture en avril dernier, 329 000 euros ont été investis, à grand renfort de caméras de surveillance. Le préfet de la Corrèze a quant à lui autorisé l’installation de trois nouvelles caméras sur la route départementale d’accès au musée, le 20 juillet 2026. Faute d’avoir empêché un nouveau cambriolage, cet arsenal permettra-t-il une interpellation à tout le moins rapide des malfaiteurs ? Pour le moment, les forces de l’ordre évoquent un « vol avec effraction » tandis que La Montagne, qui couvre l’actualité de la région entre autres, affirme que la « vitre de la porte d’entrée principale a été brisée », l’alarme du musée ayant retenti à 4 heures du matin. La section de recherches de Limoges et l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) ont été saisis. Un hélicoptère de la gendarmerie a également été déployé, hier. Le musée est fermé temporairement. À lire aussi : Alexis Corbière : “Nos musées doivent avoir les moyens de faire face aux menaces qu’ils rencontrent” Ce cambriolage sera-t-il celui de trop ? En 2010, Le Monde, Le Figaro, ou encore Libération reprenaient les conclusions de la chambre régionale des comptes du Limousin pour qualifier l’établissement de « gouffre financier ». Bâti pour un coût de 7,1 millions d’euros, le musée, à l’étroit dès le départ dans ses 5 000 mètres carrés, a presque doublé sa surface entre 2004 et 2006 en s’offrant une extension de 3 000 mètres carrés, pour 9,6 millions d’euros. Des investissements pas tout à fait proportionnels au nombre de visiteurs… Malgré un démarrage prometteur — 144 000 curieux en 2001, selon les chiffres du Monde —, l’établissement a perdu en six ans 80 % de sa fréquentation. Une exposition sur Christian Dior en 2010 a bien provoqué un regain d’intérêt avec 60 000 visiteurs. Mais le musée, ouvert huit à neuf mois dans l’année, situé à une vingtaine de kilomètres de Tulle, peine à attirer les foules sur la durée. 20 151 visiteurs en 2015, 15 128 en 2018, 24 011 en 2024, selon les rapports d’activité. Dans le même temps, le budget oscille entre 130 000 euros en 2018 et 263 000 euros en 2024 tandis que le personnel à temps plein est passé de treize, jusqu’en 2008, à sept personnes aujourd’hui. Dans ces circonstances, les perspectives restent nébuleuses. À lire aussi : “Un système de sécurité dans un musée est valable dix ans, ensuite il devient facile à contourner” Arts Musées Nouvelle-Aquitaine Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus