Descendant du peintre et pêcheur britannique Alfred Wallis, le cinéaste originaire des Cornouailles Mark Jenkin signe, avec Rose of Nevada, une nouvelle œuvre qui s’inspire des lieux de son enfance. Prolongeant le style visuel d’Enys Men (2022), fait de plans serrés en 16 mm, captant les détails de paysages côtiers enveloppés de brouillard, il plonge ici dans l’univers de la pêche en mer — un sujet qui depuis longtemps le fascine.George MacKay et Callum Turner incarnent respectivement Nick et Liam, deux jeunes hommes ayant grandi dans un village cornouaillais sur le déclin. Lorsque le travailleur portuaire Mike découvre à quai le Rose of Nevada, un bateau qu’il croyait disparu depuis 30 ans, Nick et Liam y voient une occasion inespérée de partir pêcher, dans l’espoir de mieux subvenir aux besoins de leurs jeunes familles pauvres.
Jenkin renoue alors avec l’ambiance d’horreur folklorique devenue caractéristique de son cinéma. On apprend que le bateau a disparu 30 ans plus tôt avec, à son bord, deux marins qui avaient alors le même âge que Nick et Liam. Peu avant le départ de ces derniers, une voisine excentrique, mère d’un des pêcheurs disparus, adresse à Nick un mystérieux avertissement, le sommant de ne pas monter à bord. Murgey, un capitaine qui, avec Mike, accompagne les deux protagonistes, semble quant à lui leur cacher quelque chose, voire savoir qu’un triste sort pourrait également les attendre.Par l’ambiguïté qu’il entretient presque jusqu’à la fin quant aux liens entre les personnages et à leurs intentions, le cinéaste paraît peu soucieux de susciter une quelconque identification et d’assurer la vraisemblance de son récit, au-delà du cadre surnaturel qu’il établit. Le film repose même sur une prémisse assez bancale, car le voyage de pêche de Nick et Liam survient soudainement, sans que leurs motivations soient suffisamment développées pour paraître crédibles. L’ensemble prend plutôt la forme d’une longue métaphore cryptique. Mais de quoi ? Les interprétations varieront. On pourra y lire une réflexion sur les difficultés du travail en mer, sur sa nature cyclique, sur le rapport trouble au temps et la quête de repères dans ces villages désolés, où les conditions précaires des travailleurs ne laissent entrevoir aucune amélioration.OnirismeLe véritable intérêt de Rose of Nevada tient davantage à l’esthétique onirique que Jenkin y déploie. Cela faisait d’ailleurs plus de dix ans qu’il n’avait pas confié le montage de l’un de ses films à quelqu’un d’autre. D’abord quelque peu flottant, servant surtout à esquisser une géographie impressionniste des lieux, celui-ci se révèle nettement plus efficace lorsque les protagonistes commencent à perdre la tête au cours de leur expédition — pour des raisons que l’on se gardera de divulgâcher.







