Un petit orgue situé dans l’est de l’Allemagne est la vedette du concert le plus lent au monde. Depuis près de 25 ans, il joue le même morceau du compositeur John Cage à un rythme d’escargot.Un changement d’accord rare, survenu mercredi — passant de sept notes à huit —, a marqué l’achèvement d’environ 4 % de cette entreprise de 639 ans qu’est le John Cage Organ Project Halberstadt.Si le projet a démarré en 2000, la représentation a commencé le 5 septembre 2001 — jour du 89e anniversaire de John Cage — par une pause silencieuse qui s’est prolongée jusqu’au 5 février 2003, date à laquelle les premiers accords ont pu être entendus dans l’église médiévale Burchardi de Halberstadt.La composition ORGAN²/ASLSP (As Slow as Possible) devrait s’achever le 4 septembre 2640.Un système de soufflerie électrique alimente l’orgue en air afin de produire un son continu. Un changement d’accord, effectué manuellement, modifie le son des tuyaux de l’orgue, soit parce que de nouvelles notes sont ajoutées à l’harmonie, soit parce que des notes existantes s’éteignent.

Un son enveloppantMardi, le directeur exécutif du John Cage Trust à New York, Jeffrey Lependorf, a affirmé qu’il avait hâte de voir la différence entre les sons avant et après le changement d’accord de mercredi.« On le ressent dans tout son corps, a-t-il raconté à l’Associated Press. Ça résonne d’une manière incroyable. »John Cage, compositeur américain d’avant-garde, est né à Los Angeles en 1912 et est décédé à New York en 1992. C’était également un théoricien de la musique, un artiste et un philosophe de renom.Et sa seule consigne pour cette œuvre était de la jouer aussi lentement et aussi doucement que possible.L’interprétation de la composition à Halberstadt a duré un mois pour le plus court segment. D’autres unités — ainsi que les silences — peuvent durer des années.Ce projet a transformé l’église Burchardi, qui était en grande partie en ruines avant que des fonds ne soient levés pour financer un nouveau toit et d’autres travaux de rénovation afin de permettre la réalisation de cette œuvre. Le son qui y résonne enveloppe les visiteurs dans toute l’église et leur offre de nouvelles expériences auditives à mesure qu’ils se déplacent dans cet espace vide.« Je pense que c’est vraiment l’orgue qui joue l’église, et non l’inverse, souligne Jeffrey Lependorf. Il suffit de se déplacer de deux pouces dans n’importe quelle direction pour que le son ne soit pas simplement légèrement différent, mais très différent. »