Monde EuropeGuerre en UkraineEurope. Alors que l'Union européenne prévoit d'interdire les importations de gaz naturel liquéfié russe d'ici à 2027, la Russie accélère la constitution d'une flotte parallèle de méthaniers.articleLecture 4 MinPublié le 04/08/2026 à 15:33Une maquette de navire méthanier est visible devant le drapeau de la Russie sur cette illustration prise le 19 mai 2022.REUTERSMoscou prépare déjà la suite. Alors que l'Union européenne prévoit d'interdire les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe d'ici à 2027, le Kremlin accélère la constitution d'une flotte de navires capables de poursuivre ses exportations hors des circuits occidentaux. En quelques mois, le pays a renforcé sa "flotte fantôme" de méthaniers, en rachetant des navires d’occasion et en mettant en service ses premiers bâtiments construits sur son propre territoire, rapporte le Financial Times.Selon les données de la société de suivi maritime Windward, reprises par le média économique, au moins huit méthaniers d'occasion ont changé de propriétaire au cours des six derniers mois avant d'être affectés au transport de cargaisons russes. La flotte parallèle compterait désormais 25 navires, dont deux méthaniers neufs construits par le chantier naval russe Zvezda, situé dans l'Extrême-Orient du pays.Cette stratégie reprend un modèle déjà utilisé par Moscou dans le secteur pétrolier. Depuis le début des sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine, la Russie s’appuie sur une vaste flotte de pétroliers opérant en dehors des réseaux traditionnels d'assurance et de contrôle occidentaux. Celle-ci compte aujourd'hui plus d'un millier de navires. Mais dans le domaine du GNL, la tâche est plus complexe : les méthaniers sont des navires hautement spécialisés, dont la construction et l'exploitation nécessitent des technologies de pointe."C’est un phénomène unique""La flotte fantôme pétrolière avait des précédents avec l'Iran et le Venezuela. Mais aucun autre pays n'avait atteint un tel niveau de sophistication technologique dans la production de gaz au moment où la Russie a été frappée par des sanctions", relève Irina Mironova, chercheuse principale au New Energy Advancement Hub, citée par le Financial Times. "C’est un phénomène unique", ajoute-t-elle.Les méthaniers intégrés à cette flotte parallèle appartiennent principalement à des sociétés écrans liées à des intérêts russes, enregistrées dans des juridictions comme Dubaï, Hongkong ou Singapour, souligne le média financier. Ils battent souvent pavillon de complaisance : ils sont immatriculés dans un pays autre que celui de leurs véritables propriétaires. Par ailleurs, ils utilisent certaines méthodes déjà observées dans le transport du pétrole sanctionné : brouillage des systèmes de localisation ou transferts de cargaison entre navires pour masquer l'origine du gaz.La Russie dépend fortement du transport maritimeMoscou tente également de développer ses propres capacités industrielles. Le chantier naval Zvezda a livré son premier méthanier, l'Aleksey Kosygin, au groupe public Sovcomflot, selon le Financial Times. A noter que la Russie dépend fortement du transport maritime pour exporter son gaz liquéfié. Et le défi est particulièrement complexe dans l'Arctique. Les installations russes de production sont situées dans des zones difficiles d'accès, nécessitant l'utilisation de méthaniers capables de naviguer dans les glaces. Ces navires comptent parmi les plus sophistiqués au monde : ils doivent maintenir le gaz à l'état liquide à -162 °C grâce à des systèmes de confinement spécifiques. Leur coût peut atteindre environ 300 millions de dollars.Cette dépendance technologique pourrait toutefois limiter les ambitions russes. Selon Navin Kumar, directeur de la recherche maritime chez Drewry, cité dans le Financial Times, Moscou pourrait rencontrer des difficultés à construire suffisamment de méthaniers autonomes, notamment en raison du quasi-monopole détenu par l'entreprise française GTT sur les technologies de confinement utilisées à bord. En 2023, le groupe avait suspendu ses contrats en Russie après l'entrée en vigueur des sanctions européennes. Malgré ces obstacles, la Russie cherche déjà à sécuriser ses capacités d'exportation à l'approche de l'embargo européen sur son GNL.