Mariage pour tous en Thaïlande, durcissement des lois au Sénégal, restrictions visant les personnes trans aux États-Unis… Loin d’évoluer dans une même direction, les droits LGBTQ + dessinent aujourd’hui une carte du monde profondément polarisée. Si les avancées se poursuivent dans plusieurs pays, elles s’accompagnent d’un ressac qui cible désormais surtout les personnes trans.

La Thaïlande est devenue l’an dernier le premier pays d’Asie du Sud-Est à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe. Au Botswana, la décriminalisation de l’homosexualité, confirmée par les tribunaux il y a quelques années, continue de faire figure d’exception sur un continent où plusieurs États durcissent leur législation, comme c’est le cas du Sénégal.Plus proche de nous, aux États-Unis, plusieurs États ont restreint l’accès aux soins d’affirmation de genre pour les mineurs, limité la participation des personnes trans à certaines compétitions sportives ou encore modifié les règles encadrant leur reconnaissance juridique.

Selon France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, ces exemples témoignent moins d’un recul généralisé que d’une fracture grandissante. « On assiste à une polarisation de plus en plus marquée », souligne-t-elle.C’est également le constat des Nations unies. En mai dernier, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, s’est dit préoccupé par un recul « inquiétant » des droits LGBTQ + dans plusieurs régions du monde. Dans le même temps, d’autres États continuent pourtant d’élargir les protections accordées à leurs citoyens.Cette coexistence d’avancées et de reculs rappelle une réalité souvent oubliée, affirme Mme Langlois : « Les droits de la personne ne sont jamais définitivement acquis. »Un nouveau frontPour Laurence Gauvin-Joyal, juriste et chercheuse, dont les travaux portent sur les questions de genres et droits, la polarisation actuelle révèle aussi un déplacement du débat. « Les personnes trans sont devenues le principal point de convergence des offensives politiques contre les droits LGBTQIA2S + », observe-t-elle.Dans un texte publié par la Ligue des droits et libertés, elle décrit ce cadre comme celui d’un « État straight », où les institutions ont longtemps été pensées autour d’une norme hétérosexuelle, cisgenre et monogame. Les revendications actuelles ne portent donc plus seulement sur l’accès à de nouveaux droits, mais aussi sur la manière dont l’État reconnaît les individus, les corps et les familles.« On construit une panique morale qui présente les personnes trans comme un danger, notamment pour les enfants », explique la juriste, qui ajoute que les débats sur les toilettes inclusives dans les écoles, les équipes sportives ou les traitements d’affirmation de genre sont devenus des marqueurs politiques.Des reculs aux conséquences concrètesLes reculs ne se matérialisent pas nécessairement par de grandes réformes législatives.Au Québec, Mme Gauvin-Joyal relève plutôt une série de directives gouvernementales telles que la décision de détenir les personnes trans incarcérées selon leur sexe anatomique plutôt que selon leur identité de genre, l’obligation pour les élèves de s’adresser au personnel scolaire en utilisant uniquement les appellations « Monsieur » ou « Madame », l’interdiction des blocs sanitaires mixtes dans les écoles, ainsi que le bannissement récent de l’écriture inclusive dans les communications gouvernementales.France-Isabelle Langlois affirme elle aussi que les enjeux dépassent largement le cadre juridique. « Les dirigeants donnent le ton », souligne-t-elle. Lorsqu’ils reprennent certains discours, ils contribuent à légitimer des propos qui seraient auparavant demeurés marginaux.