Le Hamas va-t-il se désarmer ? Donald Trump répond oui, le Hamas nuance, et Israël n'a pas encore officiellement répondu. Jeudi 30 juillet, le président américain a affirmé que son Conseil de paix avait obtenu "le désarmement complet du Hamas et de tous les autres groupes armés à Gaza". "Il s’agit d’une étape monumentale vers une paix et une sécurité durables", a souligné le locataire de la Maison-Blanche sur son réseau Truth Social, le Hamas soulignant surtout de son côté que les forces israéliennes devaient d'abord se retirer progressivement du territoire.L'annonce vise à débloquer la trêve conclue en octobre 2025, après deux ans de guerre déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 en Israël. Sa première phase avait permis la libération des derniers otages israéliens en janvier, en échange de détenus palestiniens. Restait le plus difficile : retirer le Hamas du pouvoir, organiser la sécurité de Gaza et décider ce qui doit commencer entre le désarmement palestinien et le retrait israélien.Le mot qui pose problèmeLes parties s’accordent sur le principe d’un processus concernant les armes du Hamas, mais elles n’en donnent ni la même définition ni le même calendrier. Les responsables américains ont décrit jeudi soir un processus en plusieurs étapes : retrait du Hamas des institutions, transfert des armes détenues par la police de Gaza, neutralisation des armes lourdes et des dépôts, désarmement individuel, puis identification et destruction des tunnels. Le mouvement devrait également remettre les cartes de ses galeries, de ses fabriques d’armes et de ses arsenaux. Chaque phase serait vérifiée avant la suivante. Ghazi Hamad, membre de l’équipe de négociation du Hamas, présente une version moins définitive. Il affirme que les armes seraient recensées puis stockées par le Comité national pour l’administration de Gaza, une structure palestinienne technocratique chargée de la transition. "Nous n’avons pas parlé de désarmement, ni de remise des armes", a-t-il précisé au Wall Street Journal. Le Hamas exclut aussi toute participation israélienne à l’opération. L’Égypte, qui accueille les négociations, reste plus mesurée : dans un communiqué cité par le quotidien américain, Le Caire valide la feuille de route sans confirmer noir sur blanc le désarmement du Hamas. Une prochaine réunion doit désormais permettre de "discuter des mécanismes de mise en œuvre et de réaffirmer l’engagement de toutes les parties à respecter les termes de l’accord". Une réponse en attente d'IsraëlSurtout, pour le mouvement palestinien, aucune mesure ne commencera avant l’arrêt des opérations militaires israéliennes, l’entrée de l’aide humanitaire et le retrait des troupes. "Si Israël n’applique pas l’accord, nous ne le ferons pas non plus", prévient Ghazi Hamad.Le gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a pas encore accepté l’accord. Jeudi, une responsable israélienne a précisé qu’Israël n’accepterait pas de retirer ses forces derrière la "ligne jaune", fixée dans le cadre du cessez-le-feu, tant que le Hamas n’aurait pas été désarmé et la bande de Gaza démilitarisée. La position israélienne inverse donc l’ordre défendu par le Hamas, qui conditionne toute mesure concernant ses armes au retrait préalable des troupes de Tsahal. Les États-Unis reconnaissent eux-mêmes qu’Israël reste "très sceptique" sur la volonté du Hamas de respecter ses engagements.Affaire à suivreLes discussions doivent se poursuivre en Égypte avec les médiateurs américains, égyptiens, qataris et turcs. Le Conseil de paix estime qu’il faudra au moins deux semaines pour fixer le mode d’emploi : calendrier du retrait, inventaire des armes, contrôle des dépôts, rôle des observateurs et ordre des opérations. Les responsables américains évoquent ensuite entre 200 et 350 jours pour achever le processus, qui doit aussi concerner le Jihad islamique palestinien et les autres groupes armés actifs dans l’enclave. Le dispositif politique reste à préciser. Le Hamas a annoncé début juillet la dissolution de son gouvernement à Gaza et le transfert de l'administration civile au Comité national pour l’administration de Gaza. Une force internationale de stabilisation doit ensuite travailler avec une nouvelle police palestinienne. Sa composition, ses effectifs et sa date de déploiement ne sont pas encore connus. L’Allemagne a déjà proposé son soutien : son ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a assuré sur X que Berlin ferait "sa part pour aider à mettre en œuvre cet accord" et se tenait prêt à fournir une aide à Gaza. Le plan désigne donc les institutions et commence à réunir des soutiens extérieurs ; il ne précise pas encore quand elles pourront exercer leur autorité.