Après l’attaque contre la Fierté de Berlin, la polémique sur un éventuel laxisme de la justice enfle lundi en Allemagne, l’auteur présumé ayant été laissé en liberté malgré son casier judiciaire chargé, sa radicalisation et son appartenance au milieu islamiste.À moins de deux mois d’un scrutin serré pour la mairie de Berlin, cet attentat qui a fait un mort et 29 blessés pourrait profiter à l’extrême droite (AfD), en plein essor dans tout le pays.Tué dimanche soir par la police, au lendemain de l’attaque, le suspect, Abdul Ballout, un citoyen allemand d’origine libanaise de 21 ans, avait été condamné en mai pour avoir tenté de rejoindre le groupe jihadiste État islamique en Syrie via le Liban.Mais il n’avait pas été incarcéré, car le parquet avait pris en compte ses six mois de détention provisoire en Allemagne et ses trois mois de prison au Liban.Depuis la révélation dimanche de ce parcours, les critiques à l’égard de manquements judiciaires pleuvent de tous les côtés.

« Il est encore trop tôt pour répondre à la question de savoir quelles conséquences politiques nous tirons de cet attentat brutal. Mais une chose est sûre : nous ne devons pas nous contenter de simples déclarations », a admis lundi le chancelier Friedrich Merz.« Le danger a été minimisé », critique Rolf Tophoven, expert de l’Institut pour la recherche en terrorisme et en sécurité politique à Essen, dans un entretien à l’AFP.L’auteur présumé de l’attaque a été cerné dans un jardin ouvrier, où il a été abattu par la police après avoir couru en direction d’agents, « muni d’une arme blanche », selon la police.Sur son site, la tête de liste de l’AfD à Berlin, Kristin Brinker, a appelé « à mettre immédiatement un terme à la politique de complaisance menée jusqu’à présent envers les islamistes enclins à la violence ».La tête de liste des conservateurs (CDU), parti du chancelier et de l’actuel maire de Berlin, a convenu qu’il y avait « un problème dans cette ville lié à l’islam politique ».« S’attaquer à la racine »« Il faut s’attaquer à l’islamisme à la racine. Cela ne commence pas seulement au moment de l’acte de violence. Cela commence bien plus tôt », a exigé Stefan Evers, dans un entretien au quotidien Die Welt.Berlin fait partie des villes allemandes comptant les plus importantes populations musulmanes.« L’État policier n’a pas agi correctement dans ce cas-là », a estimé Alfred Kubitz, retraité bavarois en vacances à Berlin, interrogé par l’AFP devant la porte de Brandebourg, à quelques centaines de mètres du lieu de l’attentat, où des fleurs ont été déposées pour honorer les victimes.Cité par le quotidien allemand Handelsblatt, le député conservateur Marc Henrichmann, président de la commission parlementaire de contrôle des services de renseignement, a souligné que « les libertés individuelles des extrémistes et islamistes déjà connus de la justice ne doivent plus être surévaluées à partir du moment où il y a un danger pour la vie d’autres personnes ».Le président de la Fédération des officiers allemands de la police criminelle, Dirk Peglow, affirme que « pour une personne présentant un tel potentiel de dangerosité, la sortie de détention ne devait pas marquer la fin de l’attention de l’État ».Le ministre de l’Intérieur de l’État régional de Bavière, Joachim Herrmann, a qualifié de « catastrophe » la décision du tribunal berlinois de condamner à de la prison avec sursis (un an et dix mois) l’auteur présumé de l’attentat.Dans un entretien à la radio Deutschlandfunk, la déléguée à l’intégration de l’arrondissement berlinois de Neukölln, où vivent de nombreux musulmans, Güner Balci, a de son côté appelé à fermer les mosquées les plus radicales « pour envoyer un signal clair ».