Soudain, le grand frisson. Après des heures à attendre au soleil, bercé par les discussions sur l'ogre Tadej Pogacar, le Cantal et son fromage, Joseph se lève enfin de sa chaise pliante. Regard enfantin malgré son âge avancé, il guette les coureurs du Tour de France dans la montée du pas de Peyrol, au pied du sublime puy Mary en ce jour de fête nationale. On les devine d'abord au bruit assourdissant de l'hélicoptère de la télévision, puis du ballet des voitures et des motos, qui engendre un concert de klaxons et de sirènes.Un premier coureur passe, le visage déformé par l'effort et la chaleur. Quelques secondes défilent. Le temps de prendre une grande respiration, d'ouvrir encore plus grand les mirettes, et voilà le groupe des favoris fendant la foule des bobs Cochonou et des maillots à pois du meilleur grimpeur. Tadej Pogacar est là, tout comme le prodige français Paul Seixas. Ils passent à la vitesse d'un courant d'air. "Il faut quand même être fou pour venir les voir quatre secondes", se marre un ami de Joseph, avec l'air de celui qui ne regrette absolument pas le voyage.
Comme Joseph et sa bande, des milliers de spectateurs ont fait le déplacement sur le bord des routes du Cantal pour voir la course cycliste la plus populaire du monde. Un rituel qui se répète en juillet. Des millions de curieux viennent y applaudir les champions, chasser les objets de la caravane publicitaire et se divertir. "C'est tout à la fois, résume Christophe, casquette et maillot bleu de l'équipe Groupama-FDJ United sur le dos. On marche des kilomètres pour venir, on fait la fête et on applaudit les coureurs."Le Rémois a traversé toute la France avec ses enfants pour ce "spectacle". Le père et son fils, Florian, sont des mordus de la Grande Boucle. Chaque année, ils cochent la date d'une étape phare et préparent longtemps à l'avance leur venue pour dénicher le meilleur spot. Un jour, c'est promis, ils suivront l'événement durant les trois semaines. Le fils s'est mis au vélo grâce à cette course. Son bronzage de cycliste trahit son assiduité.Pour lui, être ici, "c'est presque comme des vacances. C'est même LA journée des vacances". "Ça nous permet de découvrir plusieurs régions. Regardez, on n'est pas bien là ?", renchérit le père, aimanté par les étendues vertes où pâturent les vaches, non loin du puy Mary.Dans ce décor qui donne envie d'écouter La Montagne de Jean Ferrat, Gabriel s'enflamme en évoquant le passage des coureurs. "J'en ai toujours les frissons, même si c'est court. Etre ici et pas derrière la télé, c'est une expérience et des moments dont on se souvient longtemps", sourit le jeune homme à la casquette doublée d'un bob rouge.










