Elle était jusqu'ici l'une des figures les plus bruyantes du courant "America First" opposé au soutien américain à l'Ukraine. La voilà désormais à Kiev, aux côtés de Volodymyr Zelensky, pour dénoncer l'agression russe et saluer la résistance locale. À 33 ans, l'influenceuse d'extrême droite proche de Donald Trump Laura Loomer a rencontré, jeudi 23 juillet, le dirigeant ukrainien dans la résidence présidentielle d'apparat, marquant ainsi l'aboutissement d'une évolution qui l'a fait passer du statut de critique virulente de Kiev à celui de l'une de ses plus ferventes défenseuses au sein du mouvement Maga. Elle affirme désormais vouloir regarder la guerre "avec clarté morale".Et son changement de position sur la guerre en Ukraine pourrait dépasser son seul cas personnel : son influence auprès du 47e président des Etats-Unis lui confère une aura particulière au sein du camp conservateur. Surnommée "celle qui murmure à l'oreille de Trump", Laura Loomer est depuis plusieurs années l'une des alliées les plus visibles de l'ex-magnat de l'immobilier. Connue pour ses prises de position incendiaires sur les réseaux sociaux, elle s'est imposée comme une personne influente auprès de la base "Maga", sans jamais occuper de fonction officielle. Pendant longtemps, son discours vis-à-vis de Kiev s'inscrivait dans une ligne très critique, voire proche des arguments diffusés par Moscou. Elle accusait l'Ukraine d'être un pays corrompu, affirmait que celui-ci ne méritait pas le soutien des États-Unis, et l'avait même qualifié de "repaire d'apologistes du nazisme", reprenant une rhétorique utilisée par le Kremlin pour justifier son invasion. Elle avait également attaqué Volodymyr Zelensky, qu'elle présentait comme un dirigeant indigne du soutien américain."Les sirènes retentissent. C'est le quotidien de chaque Ukrainien"Mais cette semaine, Laura Loomer a reconnu avoir changé d'avis. Arrivée à Kiev, elle a admis publiquement avoir eu tort. "J'ai effectivement tenu ces propos sur l'Ukraine et Volodymyr Zelensky, et je ne supprimerai pas mes publications car j'ai compris que j'avais tort", a-t-elle écrit sur X. Elle a également raconté avoir vécu sa première alerte aérienne ukrainienne : "Les sirènes retentissent. C'est le quotidien de chaque Ukrainien", a-t-elle expliqué, reconnaissant qu'elle avait auparavant minimisé cette réalité.Lors de ce séjour, elle a visité plusieurs lieux touchés par les bombardements russes, dont une église endommagée par une frappe, ce qui l'a amenée à critiquer directement Vladimir Poutine : "Je ne pense pas qu'on devrait pouvoir prétendre protéger le christianisme si l'on tente de frapper Jésus-Christ avec un drone", a-t-elle tancé. Selon le Financial Times, Laura Loomer s'est aussi rendue dans un restaurant McDonald's de la capitale ukrainienne, symbole de l'ouverture du pays après la chute de l'Union soviétique, lui-même plusieurs fois touché par des attaques. Devant les traces laissées par les frappes, elle a salué une "résilience ukrainienne" qu’elle juge "intacte". Le bureau du chef d'Etat ukrainien a expliqué avoir appris la présence de l'influenceuse dans le pays par les réseaux sociaux. Mais l'entourage de Volodymyr Zelensky a rapidement choisi de mettre en avant cette visite, estimant qu'il était important qu'une personnalité auparavant critique de Kiev puisse constater la réalité de la guerre par elle-même.Quelles conséquences de ce voyage ? Reste une question centrale : quel impact ce revirement peut-il avoir à Washington ? La nouvelle position de Laura Loomer est loin d'être anodine. Le scepticisme envers l'aide américaine à l'Ukraine est profondément ancré dans une partie de la droite américaine, notamment parmi certains proches de Donald Trump. Le vice-président J.D. Vance a longtemps été l'un des plus virulents opposants à la poursuite du soutien militaire américain, et la question ukrainienne continue de diviser les conservateurs entre défenseurs d'un engagement accru aux côtés de Kiev et partisans d'un retrait.Parce qu'elle dispose d'un accès rare au président américain, le virage opéré de Laura Loomer pourrait contribuer à faire évoluer certaines perceptions dans l'électorat conservateur. Son voyage ne transforme pas à lui seul le débat américain sur l'Ukraine, mais il illustre une fracture grandissante au sein du mouvement Maga. Pour Kiev, ce revirement représente surtout une opportunité symbolique : montrer à une partie de la droite américaine que la réalité du terrain ne correspond pas aux récits relayés pendant des années. Reste à savoir si le déplacement de Laura Loomer restera un geste isolé ou s'il marquera le début d'un changement plus large dans le camp Trump.